lundi 7 septembre 2026

Scorsese cinéaste rock


Rarement abordée par les spécialistes du cinéma, la  musique, en particulier le rock, fait partie intégrante de l"univers scorcésien.  Dans Scorsese cinéaste rock Christophe Deniau nous propose une analyse fine et érudite de son oeuvre, riche en mises en scènes abordées sur le plan musical. « Je sais que, sans la musique, je serais perdu. Très souvent c'est uniquement en entendant la musique choisie pour mon film que je commence à le visualiser », confiait un jour le réalisateur de Mean Streets, Taxi Driver et Casino. Certes, l'utilisation de la musique rock ou autre n'est pas un cas isolé. Et beaucoup de cinéastes de sa génération - Hopper, Coppola, Wenders, Kubrick, Carpenter ou de Palma - l'ont intégré dans leurs films. Mais le réalisateur de Gangs of New York a propulsé l'aspect musical de son oeuvre à un degré de stylisation sans doute rarement dépassé. Analysant la particularité de son oeuvre cinématographique  Christophe Deniau écrit  : « L'originalité de Scorcese demeure dans ce mélange culturel spécifique et cette façon d'associer non seulement la pop, le rock et la musique classique, mais de rapprocher des mondes musicaux différents, maintenus ensemble par un style narratif et visuel particulier. » (page 64). Son long métrage Les affranchis contient... plus de 40 chansons ! Loin d''être un simple élément décoratif  l'environnement musical chez Scorcese participe pleinement au dynamisme et à la symbolique de ses oeuvres, s'inscrivant dans un système narratif novateur. La musique semble chez lui jaillir comme un effet de surprise (un peu comme au théâtre !), une façon habile d'exprimer une idée, une émotion dans un univers filmique habité par toutes sortes de tensions.  Le livre fourmille d'exemples concrets  qui montrent aussi le « décalage stylistique  »  entre la chanson et l'action qui se déroule. Souvent les chansons servent de contrepoints ironiques à l'action comme les bagarres dans Mean Streets accompagnées par le romantique  « Forever My Darling » de Johnny Ace et le « Please Mr Postman » des Marvelles. Par ailleurs  le rock voisine dans ses films avec d'autres formes musicales comme le jazz, l'opéra, la musique classique. L'on y retrouve des airs populaires italiens familiers de ce natif de Little Italy,   issu d'une famille immigrée de longue date aux Etats-Unis, originaire de Sicile. Son travail de cinéaste lui a d'ailleurs donné l'occasion de collaborer avec les artistes et groupes les plus connus - Bob Dylan,   Peter Gabriel, The Rolling Stones, The Clash, U2, David Bowie,  ou encore Michael Jackson dont il a réalisé le clip   « Bad ». Dans Scorsese cinéaste rock, notamment dans les chapitres Punk rock et nihilisme, The Last Waltz et Robbie Robertson, Une histoire de Bob Dylan et « Gimme Shelter » et les Rolling Stones, l'auteur aborde la spécificité de sa relation cinématographique avec chaque mouvance musicale. Ce qui frappe le plus dans le cinéma scorcésien c'est peut être cette adéquation parfaite entre  forme et  fond. L'histoire de Scorcese avec la musique remonte à loin,  à l'époque lointaine où il réalisait des documentaires musicaux - il a supervisé le montage de Woodstock, Elvis Tour et Médecine Ball Caravane, trois films cultes. Mais tout semble remonter à son enfance où il était inondé dans le quartier de Little Italy de ses parents de musique comme ce souvenir  retranscrit dans  le livre :  
 « J'ai grandi dans un quartier bondé où vous pouviez entendre de la musique à travers les fenêtres de chaque appartement. La radio restait allumée toute la journée. Nous entendions en continu les chansons diffusées par le juke-boxe situé de l'autre côté de la rue. Dans nos grands immeubles, nous entendions del'opéra d'une fenêtre, Benny Goodman à travers une autre et du rock'n'roll au premier étage. C'était vraiment fou... un quartier complètement dingue... Alors je me suis demandé pourquoi personne n'avait jamais retranscrit cela dans les films ?  » (page 17).

Christophe Deniau, Scorsese cinéaste rock, broché, grand format, essai sur le cinéma, éditions Les Impressions nouvelles, collection Réflexions faites, 256 pages, 2026

A lire :

Aurore Renaut, La Dérive, de Paula Delsol, Cinéma, éditions Gremese, collection Les films sélectionnés, 114 pages, 2026
https://blogdephaco.blogspot.com/2026/05/la-derive.html#more

Bruno Bernard, Iconique Marilyn Monroe, broché, grand format, Cinéma/Photographie/Beau Livre, éditions Larousse, 272 pages, 2026

Nicolas Allard, La planète des singes - Du roman aux écrans : la fabuleuse histoire, relié, grand format, éditions Pix'n Love, collection Pop'n Love, 224 pages, 2024

Collectif, Lieux cultes du cinéma et des séries, Cinéma, grand format, éditions Larousse, 223 pages, 2024

Patrick VanslambrouckHenri Storck et les peintres ostendais - Ensor, Spilliaert et Permeke, Art/Cinéma, broché, grand format, éditions Snoeck, 94 pages, 2024
http://blogdephaco.blogspot.com/2024/03/henri-storck-et-les-peintres-ostendais.html

Jean-Gabriel Fredet, Les sept vies d'Hollywood Irons-nous encore au cinéma ? broché, grand format, enquête, éditions Stock, 328 pages, 2023

Philippe DurantL'étoile sombre - L'égérie sacrifiée de la mode et du cinéma, broché, grand format, éditions La Manufacture de livres, 272 pages, 2022

Philippe Durant, Le fantôme du cinéma français - Gloire et chute de Bernard Natan, biographie, éditions La manufacture de livres, collection « Documents », cahier-photos 8 pages couleurs, 192 pages, 2021

Gilles Delavaud, La télévision selon Alfred Hitchcock, Presses Universitaires Rennes, collection  « PUR-Cinéma », 288 pages, 2021

Mathieu AltermanFemmes fatales du cinéma, éditions Quai des brunes, collection « Le temps des femmes », broché, grand format, 128 pages, 2021

Guillaume Boulangé et Christian RolotHistoire d’une passion : Yves Thos, affichiste de cinéma, éditions Deuxième époque, 124 pages, 2020

Simon EdelsteinLe crépuscule des cinémas, éditions Jonglez, Beau-Livre relié, grand format, 286 pages, 2020

Chloé FolensLes métamorphoses d’Henri-Georges Clouzot, éditions Vendémiaire, collection « Cinéma », 304 pages + 32 pages d’illustration, 2017 

Marianne GrayJeanne Moreau - Le tourbillon d’une vie 1928-2017, traduit de l’anglais par Odile Demange, éditions nouveau monde, collection « Cinéma », édition définitive, 320 pages, 2017

Claire MicallefMarcello Mastroianni, le latin lover au miroir déformant de sa filmographie, éditions Aedon, La Septième Obsession, collection « Icones », 132 pages, 2016

Christophe Champclaux et Linda Tahir Meriau, Le Film noir, éditions Le Courrier du Livre, collection « Ciné Vintage », préface de Jean-Claude Missiaen, 176 pages illustrées en couleur, Livre + DVD, 2015

Gwénaëlle Le Gras, Michel Simon, L’Art de la disgrâce,  Scope Editions, collection «  Jeux d’Acteurs», 128 pages, 2010

 Jean-Philippe GuerandBernard Blier, un homme façon puzzle, éditions Robert Laffont, 583 pages, 2009

Les Petits Poucets, interview de Thomas Bardinet












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