lundi 1 juin 2026

La Dérive, de Paula Delsol


Ce livre analyse La Dérive, chef-oeuvre inconnu de l’histoire du cinéma français de la réalisatrice Paula Delsol (1923-2015). Spécialiste du cinéma,  Aurore Renaut en explore sa genèse, sa production et sa réception à partir d’archives et d’entretiens inédits. Au sein de cette vaste mouvance qu'est la Nouvelle Vague le personnage principal de Jacquie, interprété par l'actrice Jacqueline Vandal, est sans doute plus proche de ceux d'Agnès Varda et de François Truffaut que des jeunes gens de la haute bourgeoisie décrits minutieusement par Claude Chabrol dès son premier film Les Cousins (1959). 

La Dérive

Soulignant  l'orientation marginale du principal personnage féminin  et certains traits communs avec Antoine Doinel, figure centrale du système narratif d'un des réalisateurs  les plus emblématiques du mouvement né à la fin des années 50 Aurore Renaut note dans son introduction :  « Jacquie, dans La Dérive, partage des points communs avec le personnage principal des Quatre Cents Coups (1959) de François Truffaut, même si elle est un peu plus âgée que lui.   Les cinéastes de la Nouvelle Vague se sont intéressés aux jeunes hommes de leur génération ; Delsol va faire pareil avec une jeune femme, aussi perdue qu'Antoine Doinel, dont elle pourrait être la grande soeur. » 

La Dérive

S'intéressant aux femmes cinéastes, notamment Nina Companez, objet d'un livre publié en 2024 aux éditions de La Sorbonne, l'autrice nous propose une fine analyse   de cette oeuvre avant-gardiste du cinéma français des années 60, qui contrairement à Cléo de 5 à 7 (1962) de Varda et  Le Mépris (1963)  de Godard tomba dans l'oubli le plus total.  [Après La Dérive   Paula Delsol mettra plus de 10 ans à  réaliser un 2e long métrage, Ben et Bénédict (1977].  Ce livre nous raconte la passionnante histoire de ce film, sans doute trop en avance pour l'époque,  de sa genèse à sa production,  rappelant les raisons de sa censure mais aussi l'ambivalence des critiques et des points de vue à sa sortie. 

La Dérive

La Dérive que la cinéaste produira seule, encouragée par François Truffaut, sera interdit aux moins de 18 ans en raison du « comportement profondément immoral de certains personnages du film ».]  Féministe avant l'heure, La Dérive  heurta les mentalités en faisant le portrait d'une jeune provinciale des années 60 refusant les codes traditionnels du mariage, de la famille et de la maternité pour vivre libre, passant d'homme à homme pour le meilleur et pour le pire. Au cours des années 50, dans son institut de beauté,  Delsol - qui fut aussi romancière, productrice et esthéticienne pour subsister - a recueilli les confidences de jeunes femmes venant de milieux très populaires.

La Dérive

Inspirée plus particulièrement par le récit de l'une d'elles elle nous montre dans La Dérive une femme tentant d'échapper à sa condition mais n'ayant pas les moyens de son émancipation se « raccroche » aux hommes qu'elle rencontre.  Le long métrage se profile non seulement audacieux et moderne par son propos mais aussi par sa forme cinématographique.  En effet,  La Dérive mêle astucieusement fiction et documentaire captant par exemple les manifestations du Sud-Est (féria de la Pentecôte, fête votive) où évoluent les personnages. En outre, au niveau du jeu d'acteurs la cinéaste mixte professionnels (Paulette Dubost, Lucien Barjon), artistes (Pierre Barouh, jouant son propre rôle de musicien) et amis ou jeunes comédiens en début de carrière.

La Dérive

Rappelant la difficulté de sa sortie et son aura cinématographique Aurore Renaut fait ce constat   :    «  Que La Dérive ait pu, malgré toutes ces épreuves,  être réalisé envers et contre tous, dans la France corsetée des années 1960 est un exploit qui n'a que peu d'équivalents. Connu depuis de rares cinéphiles, programmé sporadiquement dans quelques festivals et lors de rétrospectives consacrées aux réalisatrices ou aux films des années 1960, La Dérive enthousiasme le public qui est à chaque fois saisi par sa force et sa beauté, son audace et la modernité de son sujet. » (page 93).

Aurore Renaut, La Dérive, de Paula Delsol, Cinéma, éditions Gremese, collection Les films sélectionnés, 114 pages, 2026


A lire :

Bruno Bernard, Iconique Marilyn Monroe, broché, grand format, Cinéma/Photographie/Beau Livre, éditions Larousse, 272 pages, 2026

Nicolas Allard, La planète des singes - Du roman aux écrans : la fabuleuse histoire, relié, grand format, éditions Pix'n Love, collection Pop'n Love, 224 pages, 2024

Collectif, Lieux cultes du cinéma et des séries, Cinéma, grand format, éditions Larousse, 223 pages, 2024

Patrick VanslambrouckHenri Storck et les peintres ostendais - Ensor, Spilliaert et Permeke, Art/Cinéma, broché, grand format, éditions Snoeck, 94 pages, 2024
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Jean-Gabriel Fredet, Les sept vies d'Hollywood Irons-nous encore au cinéma ? broché, grand format, enquête, éditions Stock, 328 pages, 2023

Philippe DurantL'étoile sombre - L'égérie sacrifiée de la mode et du cinéma, broché, grand format, éditions La Manufacture de livres, 272 pages, 2022

Philippe Durant, Le fantôme du cinéma français - Gloire et chute de Bernard Natan, biographie, éditions La manufacture de livres, collection « Documents », cahier-photos 8 pages couleurs, 192 pages, 2021

Gilles Delavaud, La télévision selon Alfred Hitchcock, Presses Universitaires Rennes, collection  « PUR-Cinéma », 288 pages, 2021

Mathieu AltermanFemmes fatales du cinéma, éditions Quai des brunes, collection « Le temps des femmes », broché, grand format, 128 pages, 2021

Guillaume Boulangé et Christian RolotHistoire d’une passion : Yves Thos, affichiste de cinéma, éditions Deuxième époque, 124 pages, 2020

Simon EdelsteinLe crépuscule des cinémas, éditions Jonglez, Beau-Livre relié, grand format, 286 pages, 2020

Chloé FolensLes métamorphoses d’Henri-Georges Clouzot, éditions Vendémiaire, collection « Cinéma », 304 pages + 32 pages d’illustration, 2017 

Marianne GrayJeanne Moreau - Le tourbillon d’une vie 1928-2017, traduit de l’anglais par Odile Demange, éditions nouveau monde, collection « Cinéma », édition définitive, 320 pages, 2017

Claire MicallefMarcello Mastroianni, le latin lover au miroir déformant de sa filmographie, éditions Aedon, La Septième Obsession, collection « Icones », 132 pages, 2016

Christophe Champclaux et Linda Tahir Meriau, Le Film noir, éditions Le Courrier du Livre, collection « Ciné Vintage », préface de Jean-Claude Missiaen, 176 pages illustrées en couleur, Livre + DVD, 2015

Gwénaëlle Le Gras, Michel Simon, L’Art de la disgrâce,  Scope Editions, collection «  Jeux d’Acteurs», 128 pages, 2010

 Jean-Philippe GuerandBernard Blier, un homme façon puzzle, éditions Robert Laffont, 583 pages, 2009

Les Petits Poucets, interview de Thomas Bardinet



















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