lundi 6 juillet 2026

La Chaleur



Avec La Chaleur, inspiré du livre éponyme de Victor Jestin et un an après L'Inconnu de la Grande Arche Stéphane Demoustier propose un haletant thriller psychologique sur fond de soleil et de noirceur. Détournant habilement les codes du « film de plage », son long métrage nous renvoie une vision à la fois anxiogène et incisive de l'univers adolescent. Il fait anormalement chaud sur les plages des Landes et Marouane, 17 ans, passe sa dernière journée au camping avec une angoisse : le corps d'Oscar qu’il a enseveli la veille sur la plage va-t-il apparaître au grand jour ? Marouane se demande par ailleurs s’il n’est pas en train de tomber amoureux de la charmante Giulia. A travers le personnage de Marouane le court et premier roman (paru chez Flammarion en 2019) de Victor Jestin interrogeait les fêlures et les souffrances cachées de l'adolescence. Et si La Chaleur a comme toile de fond le désarroi adolescent et la sensualité de l'univers des vacances c'est avant tout un regard aigu et intimiste porté sur les relations humaines et un constat amer sur la solitude  et le poids des secrets. 

La Chaleur

A travers cette comédie dramatique balnéaire, fidèle à l'esprit du récit de l'auteur, le cinéaste semble s'être intéressé à l'énigme même que constitue  Marouane que ce soit à travers le meurtre stupide d'Oscar ou l'étrange comportement adopté par l'adolescent dans les jours qui suivent sa mort  En effet, dans cette  sombre histoire rien ne nous indique la raison pour laquelle l'adolescent a laissé mourir sans réagir Oscar  et l'a enterré dans le sable même si l'on discerne au fil de cette dernière que la jalousie a pu jouer un certain rôle - Giulia est le personnage qui sert de fil conducteur entre Marouane et  Oscar   Par son indifférence affichée le jeune homme nous fait vaguement songer au personnage de Meursault dans le fameux roman L'Etranger d'Albert Camus. Indifférence néanmoins toute relative car le réalisateur inscrit son film  et son personnage principal dans un environnement festif et sensuel, celui d'un camping des Landes où l'on vient avant tout pour s'éclater, le lieu même où dans l'histoire Marouane   rencontre Giulia la connaissance dOscar, archétype féminin rappelant un peu ceux de Rohmer ou Chabrol et finement joué par l'actrice italienne Martina La Manna. 

La Chaleur

Au cours du film, c'est cette part d'ombre, de non sens se déroulant à la période de brûlure d'un été, qui donne tout son sens  à un système narratif ouvert à toutes les interprétations. Dans la peau d'un ado paumé et érudit Hadrien Hussein adopte un ton juste et  troublant. Les ralentis, la récurrence de certaines images mentales, la surinterprétation de certains sons environnants, sont dans le film autant d’éléments sensoriels qui tendent à exprimer l’état second dans lequel se trouve Marouane au cours de cette dernière journée de vacances.  S'éloignant des codes du fait divers et du film de genre, même si l'enquête de gendarmerie sert de toile de fond à l'histoire, le film décrit dans un style à la fois documentaire et fictif    l'entourage de  Marouane : parents, frère et soeur,  copains du camping. La chaleur fait ainsi ressortir sur le plan symbolique le décalage existant entre le positionnement solitaire de Marouane et le reste de la communauté de camping. Avec La Chaleur,  Stéphane Demoustier s'inscrit quelque part entre L'Eté meurtrier (1977) de Jean Becker et L'Année des méduses (1984) de Christopher Frank avec un film brûlant et indécis, parlant d'êtres entre ténèbres et lumières estivales.

durée : 1 h 32

La Chaleur, un film de Stéphane Demoustier
Avec Hadrien Hussein, Tristan Richard, Martina La Manna

(sortie nationale le 8 juillet 2026)





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