Avec Nuremberg James Vanderbilt [Zodiac (2007), Scream 6 (2012), Abigail (2024)] nous propose un film-fleuve consacré au célèbre procès historique de 1946. Brillant par la forme et incisif par son questionnement philosophique ce blockbuster se profile parfois inégal et académique. Néanmoins, le film dégage un fort climat propulsé par certaines scènes puissantes et par une image captive qui reconstitue dans une vision panoramique l'Allemagne exsangue au lendemain de la guerre et surtout les séances opposant dans ce tribunal international, à travers des joutes psychologiques acrobatiques, un Göring fanatique et rusé tentant de justifier l'innommable tout en tentant de diluer ses responsabilités face à un procureur aussi persévérant qu'intuitif.
Nuremberg emporte donc le spectateur dans le tourbillon de ce procès hors normes et fondateur dans lequel vingt et un hauts dignitaires nazis qui régnaient hier sur l’Europe, désormais au banc des accusés, durent justifier de leurs exactions passées. Dans un souci de rigueur le film rappelle les enjeux politiques et humanitaires qui présidèrent à cette cour internationale. Des préparatifs du procès au jugement du 1er octobre 1946 - qui condamna à la pendaison les principaux nazis, - Nuremberg - qui incorpore des archives souvent insoutenables - nous offre un rappel historique d'autant plus utile aujourd'hui où souvent les thèses complotistes que l'on peut trouver sur les réseaux sociaux font écho aux voix négationnistes d'hier type Robert Faurisson.
Nuremberg
Quant au maillon faible du long métrage, il semble résider dans un rythme inégal et une forme assez académique avec des acteurs au jeu sans surprise excepté Russel Crowe, visiblement habité par son personnage de Göring. Le scénariste et réalisateur James Vanderbilt a choisi de mettre l’accent sur l’interaction entre ce dernier et le médecin américain Douglas Kelley chargé d’évaluer les prisonniers sur le plan psychiatrique et particulièrement Göering Le jeu d'acteurs entre Crowe et Malek nous laisse subtilement deviner le mélange de fascination et de répulsion qu'éprouve envers Göring ce jeune chef du service de psychiatrie d’un hôpital militaire.
L'ambition de Kelley était de parvenir à identifier les traits de personnalité ou les troubles mentaux qu’avaient en commun les accusés, de définir une « personnalité nazie » qui permettrait de comprendre ces criminels. Il n'y parvint jamais. (Dépressif Douglas Kelley se suicida en 1958, ingérant une capsule de cyanure, comme le fit 12 ans plus tôt Göring.) A travers ce personnage interprété par Rami Malek, James Vanderbilt nous montre le progressif ébranlement moral du psychiatre, confronté à la fois aux ordres contradictoires de ses supérieurs et aux ruses et à la séduction malsaine de son illustre prisonnier et surtout à la mise à l'épreuve de ses propres valeurs car contre son gré il ressent une certaine sympathie pour l'objet même de son étude.
Cette impossibilité de dresser un portrait commun et cette difficulté de mettre l'étiquette « monstre » sur les criminels fussent t'ils les plus odieux et haïssables semble au coeur de la réflexion du film à travers le personnage emblématique de Kelley. Malgré ses défauts et ses aspects parfois prévisibles et hollywoodiens Nuremberg a le mérite de nous rappeler à la fois l'importance de ce procès historique mais aussi de questionner cette « banalité du mal » qui hantait tant la philosophe Hannah Arendt.
Nuremberg
Cette impossibilité de dresser un portrait commun et cette difficulté de mettre l'étiquette « monstre » sur les criminels fussent t'ils les plus odieux et haïssables semble au coeur de la réflexion du film à travers le personnage emblématique de Kelley. Malgré ses défauts et ses aspects parfois prévisibles et hollywoodiens Nuremberg a le mérite de nous rappeler à la fois l'importance de ce procès historique mais aussi de questionner cette « banalité du mal » qui hantait tant la philosophe Hannah Arendt.
Nuremberg, un film de James Vanderbilt, drame, histoire, Etats-Unis, 2025
Avec Rami Malek, Russel Crowe, Michael Shannon
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