Avec Le Chasseur de baleines le réalisateur russe Philipp Yuryev signe un premier long métrage drôle et mélancolique sur l'éveil de l'adolescence.
Le Chasseur de baleines tourne autour de l'histoire de Leshka, un adolescent qui vit dans un village isolé sur le détroit de Béring. Comme la plupart des hommes de son village, il vit de la chasse de la baleine et mène une vie très calme à l'extrémité du monde. Avec l'arrivée récente d'Internet le jeune homme s'écarte progressivement de son groupe, fantasmant sur une girl américaine à travers une webcam et y consacrant beaucoup de temps.
Sans arrière-pensée moraliste, sans faire un film à thèse s'inscrivant dans une dénonciation fastidieuse de l'Amérique décadente, le réalisateur russe semble avoir privilégié une approche sensorielle et humaine dans sa façon parfois onirique de nous conter le rapport de fascination qu'entretient Leshka et cette cam girl sur lequel il jette son dévolu et dont fou amoureux il décide de traverser l'Alaska pour la rejoindre très loin à Detroit. Rapport aussi beaucoup plus distant qu'entretiennent les garçons du village surfant sur internet et lançant sur le ton de la gaudriole « Il n’y a pas de blonde comme ça au village », attitude qui serait jugée sexiste en Europe.
Le Chasseur de baleines
Ces derniers sont joués par des acteurs non professionnels, ce qui contribue au climat réaliste du film. Quant à celui qui interprète Leshka et l'autre qui joue son ami, ils ont été trouvés dans un orphelinat de la région de Tchoukotta. Dans cette histoire sombre parcourue de moments cocasses le réalisateur aborde de nombreux thèmes comme l'éveil de l'adolescence, le désir, la jalousie mais aussi le déracinement et la fascination pour d'autres cultures (ici l'Amérique). Sa façon de traiter ces sujets a certes une forte connotation sociale mais le réalisateur semble tout autant imprégné par une puissante inspiration poétique que l'on pourrait qualifier de « panthéiste ».
Philippe Yuryen cite comme influence Werner Herzog, ce qui n'est guère étonnant car son long métrage est marqué par le symbolisme de la nature, que ce soit dans sa façon expressionniste de filmer des scènes de chasse de mammifères marins ou dans sa façon d'immortaliser des paysages lunaires et nimbés de brouillard, ceux de l'immense toundra de l'Extrême-Orient russe. Avec Le Chasseur de baleines le réalisateur signe un bien curieux road movie ! Le jeune pêcheur sera entraîné dans un long voyage en bateau qui l'amènera sur les terres de l'Alaska après une rencontre pittoresque avec un douanier lui offrant un sac de champignons !
Entre tension et drôlerie Le Chasseur de baleines questionne l'identité, le désir et l'attachement à la terre. Et si même dans le film les conditions de vie de ces jeunes chasseurs de baleines nous sont décrites dans toute leur dureté l'on ne sent jamais chez eux une envie de rompre avec leur mode de vie traditionnel. Plus complexe le personnage de Leshka questionne à la fois la puissance des émotions et la fidélité à la terre ancestrale. C'est un regard à la fois malicieux et mélancolique que porte le cinéaste sur son personnage central. Avec Le Chasseur de baleines Philipp Yuryev signe un petit film artisanal et solaire sur l'adolescence et la difficulté de vivre !
durée : 1 h 33
Le Chasseur de baleines, un film de Philipp Yuryev, Russie/Belgique/Pologne, 2020
Avec : Vladimir Onokhov, Arieh Worthalter, Kristina Asmus, Vladimir Lyubimtsev
Le Chasseur de baleines, un film de Philipp Yuryev, Russie/Belgique/Pologne, 2020
Avec : Vladimir Onokhov, Arieh Worthalter, Kristina Asmus, Vladimir Lyubimtsev
https://youtu.be/zla0WKGDeEc?si=dsOY66nsugpT-vo6
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