lundi 28 novembre 2022

Petit dictionnaire des sales boulots

 

Les emplois méprisés et mal rémunérés ont une bien longue histoire ! Avec humour et érudition Nicolas Méra, auteur de Content de vous voir ! [éditions de l'Opportun, 2020] et Les hasards qui ont fait l'histoire [Jourdan, 2020]  nous conte  à travers le Petit dictionnaire des sales boulots cette histoire méconnue, de l'Antiquité jusqu'au XXe siècle.

Qu'entend-on par sale boulot ? Au début du livre l''auteur nous  propose cette définition imparable : « toute occupation périlleuse, sinistre, méprisée, ardue, grotesque ou avilissante, qui pousse son titulaire à payer fort de sa personne pour obtenir son pécule  ». Truffé d'informations sur l'histoire des mentalités à diverses époques ce passionnant Dictionnaire nous dresse -  de A comme Aboyeur à V comme Voleur de cadavres - un bien curieux inventaire des métiers improbables, toujours à la limite de la morale, vu sous l'angle de l'oeil contemporain ! Et l'on se rend compte à la lecture de cet ouvrage que l'imagination humaine  n'a jamais connu aucun frein pour exploiter ses congénères.  Du serviteur patenté du pharaon (IIIe millénaire av.J.-C), enduisant de miel pour aligner les insectes de son maître, au Collecteur d'urine dans la Rome antique [le liquide jaunâtre est fort convoité par les teinturiers de l'époque !]  en passant par le Punkawallah, serviteur, qui dans l'Inde du XIXe siècle passait sa journée, par la force des mains ou des pieds, à éventer les résidences des colons anglais...  Multiples, les professions recensées dans l'ouvrage, peuvent parfois servir à informer ou même le contraire. Ainsi, bien avant Internet et les réseaux sociaux, l'information  frappait déjà, comme un tocsin, aux portes des oreilles de nos concitoyens. Ainsi, l'Aboyeur, crieur patenté, avait comme fonction de faire entrer les gens dans les salles de spectacle ou d'attirer leur attention, en hurlant les gros titres pour vendre la presse quotidienne. Dans ce dictionnaire, le premier du genre, l'auteur, de façon détaillée et avec humour, nous renseigne sur les professions les plus surprenantes, du Pêcheur de sangsues au Gadouard, en passant par la Claque sous l'Antiquité, cohorte de spectateurs chargée d'applaudir à tout rompre.   L'une des plus étranges est le Mangeur de péchés, exerçant sa fonction aux XVIIIe et XIXe siècles dans les îles britanniques. C'est un homme qui lors d'une veillée funéraire avale religieusement un morceau de gâteau (ou de fromage) sur la dépouille. Au final, cette liste de métiers recensés nous propose un aperçu historique et sociologique assez fascinant, nous indiquant clairement comment nos ancêtres concevaient le monde. En introduction du  Petit dictionnaire des sales boulots   Nicolas Méra écrit ceci :

[...] « L'objet de cet ouvrage n'est pas de brosser un portrait exhaustif de l'emploi d'autrefois. Il s'agit d'une collection de fenêtres clandestines ouvertes sur le quotidien de nos aïeux. Derrière chacun de ces 'premiers de corvée' se cache une humanité pétrie de coutumes et d'habitudes qui ont déteint sur les nôtres... Ainsi qu'un rapport bien particulier à la mort, l'argent, la religion, la famille, la morale ou l'avenir. » (page 11)[...].

Nicolas Méra, Petit dictionnaire des sales boulots, éditions Vendémiaire, 216 pages, 2022

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