Cette dimension du caché voire de la dissimulation se trouve au coeur de Melpomène avec comme toile de fond internements abusifs et diagnostics flous. Pascal Greggory interprète subtilement un médecin bureaucratique confronté aux questions embarrassantes d'une jeune femme (Marthe) qui ne se résigne pas à la version officielle du suicide de sa mère. Dans cette atmosphère de non-dits elle trouvera un certain réconfort auprès d'une sculptrice - jouée finement par Andi MacDowell - qui l'aiguillonnera sur la mort mystérieuse de sa mère. Avec Melpomène la cinéaste signe un film chabrolien avec des personnages filandreux à la fois distants et le coeur sur la main toujours synonymes de danger et d'hypocrisie sociale.
Melpomène
Si le scénario de Melpomène se profile parfois labyrinthique l'on se laisse prendre par le climat mystérieux de cette intrigue médico-psychologique ayant un petit parfum de romans de Boileau-Narcejac ou de Japrisot. D'autant plus que Charlotte Dauphin a choisi comme décor naturel les paysages sauvages et les architectures surréalistes d'Antti Lovag et Jacques Couëlle de Théoule-sur-Mer (Alpes-Maritimes). (Elle a notamment tourné dans le fameux Palais Bulles de Pierre Cardin.) Avec leur végétation foisonnante, leurs rues escarpées et leurs maisons futuristes les lieux de tournage peuvent évoquer autant le Village de la célèbre série britannique Le Prisonnier que les endroits les plus emblématiques de l'architecture organique.
Judicieusement, Melpomène place le parcours de vérité de Marthe dans le décor de cette architecture à double tranchant : à la fois lumineuse et sombre, accueillante et sauvage. Dans le rôle de Marthe, Charlotte Dauphin se profile convaincante dans un personnage à la fois acharné et vulnérable qui marche à contre-sens de la logique de son entourage. En effet, Melpomène dénonce « la pathologisation » de la santé mentale des femmes par l'institution psychiatrique et par les proches. Et ce film féministe semble vouloir alerter sur la tendance d'une certaine médecine masculine à « hystériser » les problématiques de santé mentale liées aux femmes. Dans Melpomène Charlotte Dauphin aborde la folie d'un point de vue subjectif et pose la thématique de l'héritage (au sens large) à travers une relation mère-fille très particulière.
durée : 1 h 36
Melpomène, un film de Charlotte Dauphin, drame, couleur, 2026
Avec Charlotte Dauphin, Pascal Greggory, Andie MacDowell, Marisa Berenson
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