3 ans après Pallas Dreams la Bâloise Anna Aaron signe son grand retour avec Gummy, disque poétique et ambitieux aux sonorités electro et pop space.
Avec son phrasé original, ses compositions surprenantes et ses changements de rythme ou de style qui ponctuent chaque opus Anna Aaron est une artiste à découvrir pour la qualité de l'ensemble de sa production ( déjà 3 disques solo) mais aussi pour l'intensité de sa démarche créative. Cette auteure-compositrice au timbre jazz délicieusement voilé fut découverte par sa compatriote Sophie Hunger. Agréablement, Dogs In Spirit (2011) le 1er CD d'Aaron zigzaguait entre blues râpeux, folk rock saturnien et pop atmosphérique. Davantage avant-gardiste avec ses sonorités chatoyantes et guerrières, le second CD, l'éclatant Neuro (2014), abordait de nouveaux rivages, orientant l'auditeur vers un disque littéraire, bouillonnant d'énergie et résolument conceptuel. Inspiré par la science-fiction, de forme neuve et d’une troublante modernité Neuro se distinguait avant tout par d'accrocheuses sonorités jungle et et des ballades acidulées à la Kate Bush/Tori Amos. Enfin avec Pallas Dreams (2019) la Suissesse signait un autre magnifique opus, cette fois ci sur sur fond de mythes et de sonorités New Age, disque au climat à la fois mélodique et art rock. Avec Gummy Anna Aaron (chant, synthés, piano) glisse toujours sa voix de Madone aux intonations douces et fantomatiques sur des rythmes dansants mais avec une orientation sans doute davantage ambient. Gummy nous oriente directement vers la musique électronique expérimentale teutonne des seventies, celle des Tangerine Dream, Klaus Schulze, Amon Düül et autres Popol Vüh. Rappelons que la chanteuse et instrumentiste avait sorti l'année dernière Moonwaves, fruit de sa collaboration avec Bernard Trontin, le créatif batteur et percussionniste genevois des Young Gods. L'on pouvait entendre sur le CD instrumental Moonwave ces longues digressions sonores ambient, rappelant la musique électronique des seventies. Anna Aaron poursuit donc sur Gummy cette collaboration fructueuse avec Bernard Trontin (batterie, percussions), inscrivant simplement ces onze titres délicatement ciselés dans un format beaucoup plus ramassé où les volutes planantes, prog et psychédéliques, caractéristiques du Krautrock, fusionnent à un pop rock élégant mais pas aseptisé. « Pink Lights » se profile une chanson sans prétention mais accrocheuse avec ses entêtantes boucles de synthés et son chant ouaté, quelque part entre Nouveaux Romantiques et le versant le plus pop de Kate Bush [Red Shoes]. Dans la même veine pimpante et mélodique l'on signalera « Sleeper » surfant sur de la jungle music, «Gummy » aux accents hispanisants ou « Golden Boy », carrément disco. Titre lancinant et minimaliste, avec ses contours hésitants de claviers, « Strangers » esquisse l'aspect à la fois puissant et mélancolique que peut revêtir l'univers musical de la chanteuse bâloise. L'on notera ce même climat entre chien et loup sur «What You've Been Dreaming », jolie ballade crépusculaire, faisant songer à Tori Amos sur The Beekeeper et à Cécile Corbel sur Songbook Vol.2. Titre étrange, propulsé par des percussions tribales et des synthés en cascade, « All God's good girls » emprunte des sonorités psychédéliques et cold wave. Au début du morceau, la voix embrumée d'Anna Aaron rappelle un peu les parties vocales des Beach Boys sur l'emblématique « Good Vibrations ». Quant à l'ambitieux « Birthday » il n'est pas sans rappeler avec ses longues envolées, aériennes et ethniques, de synthés le fameux Moondawn du regretté Klaus Schulze [disparu le 26 avril 2022], pionnier de musique électronique. « Double Life » et « Licked » sont des titres puissants, oscillant constamment entre musique planante et electro. Rappelant un peu celui de la Suédoise Anna von Hausswolff mais sans ses intonations gothiques, le chant d'Anna Aaron y évolue dans un climat mystique et épuré avec en arrière fond un 'hypnotique crescendo percussions/synthés, rappelant les meilleures plages du Tangerine Dream d'Edgar Froese. Sur « Licked », traversé par d'élégantes et fugitives nappes de claviers futuristes, plane l'ombre du grand Ray Manzarek, plongeant d'emblée l'auditeur dans les derniers feux psychédéliques des Doors du début des seventies. Au final Gummy se profile déjà comme l'un des meilleurs opus de 2022. Et au-delà de la scène pop suisse, Anna Aaron se révèle une des artistes les plus intéressantes de sa génération!
Gummy, Anna Aaron, Hummus Records, Suisse, 2022
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