Dans L'autre voix du Moyen Âge les autrices abordent et interrogent les violences de genre et les pratiques du care dans la littérature médiévale. Fruit du travail de recherches d'universitaires intéressées par les thématiques sur la représentation et l'exercice du care ce livre novateur et érudit propose un éclairage inédit su le Moyen Âge.
Cet ouvrage collectif est d'autant plus intéressant qu'il évite le piège de la juridicisation de la fiction littéraire, proposant au lecteur des analyses fines et variées de textes médiévaux. S'inscrivant dans une étude sur les violences de genre, disséquant les sources écrites (lais, pastourelle, fabliau) de la littérature médiévale il propose des exemples concrets. La démarche semble-t-il de cette vaste étude universitaire -fruit du travail de 11 universitaires - n'est pas de juger, encore moins de jeter l'anathème sur cette longue période riche en écrits mais plutôt de démontrer l'ambivalence et l'ambiguïté de ces textes renvoyant la femme à des images plutôt stéréotypées. L'exégèse de ces textes sert donc de base à un regard à la fois critique et nuancé qui scrute les mentalités des hommes du Moyen Âge à travers une pluralité de textes emblématiques. La représentation assignée aux femmes se révèle d'autant plus subtile qu'elle ne se cantonne pas aux violences de genre d'ordre sexuel mais la relègue à travers la notion de care à une soumission psychologique, la plaçant dans des simples fonctions de domesticité notamment à travers des personnages féminins redondants comme la « femme guérisseuse » de « l'homme malade » ou la «femme fragile » dont le chevalier se fait le « protecteur » ou même parfois le violeur. Du Conte des Sept Cygnes (aux multiples versions) à l'équivoque Ninfale Fiesolano de Boccace en passant par le sulfureux Roman de Renard bon nombre de ces écrits font écho de façon lointaine à l'invisibilisation de la violence voire à ce que les sociologues féministes américaines ont appelé plus tard dans les années 70 la « culture du viol ». L'autre voix du Moyen Âge apporte donc un intéressant éclairage sur ces récits très prisés à leur époque, les contextualisant avec des exemples concrets montrant bien souvent l'absence de consentement du personnage féminin face à la puissance du sentiment amoureux masculin et de ses débordements. Loin d'être simplement anecdotique et juste un phénomène folklorique issu de la cancel culture le débat houleux portant en 2021 sur l'interdiction de l'attraction Blanche-Neige de Disneyland (Californie) ramenée à la vie par le baiser du Prince Charmant renvoie en fait à une longue tradition de contes et de lais dont la chercheuse Benedetta Viscidi dans un intéressant chapitre intitulé Le paradoxe du violeur-sauveur nous raconte l'épopée mouvementée. A la fois formulant un regard neuf par rapport à l'historiographie traditionnelle et surfant sur des thèmes de pleine actualité l'ouvrage L'autre voix du Moyen Âge démasque à la fois l'euphémisation des violences de genre tout en rappelant la place et l'importance des textes médiévaux au sein de cette longue période. Outre la littérature, le livre nous rappelle que l'art a aussi durablement façonné les mentalités au Moyen Âge.
L'autre voix du Moyen Âge - De la violence au core, broché, grand format, Histoire des mentalités, éditions Epistémé, collection Etudes médiévales, 280 pages, 2026
Etudes réunies par Rose Delestre et Benedetta Viscidi
A lire :
Martin Aurell, Dix idées reçues sur le Moyen Age, broché, grand format, essai, Histoire, éditions JC Lattès, 220 pages, 2023
Lydwine Scordia, Les 11 énigmes de Louis XI, éditions Vendémiaire, collection « Retour au Moyen Age », broché, grand format, 192 pages + cahier central illustré, 2021
Sophie Brouquet, Les Marginaux du Moyen Age - ladres, brigands, ribauds, gueux et mendiants, éditions Ouest-France, collection « Histoire », livre broché avec rabats, 128 pages/120 photos, 2018
Gonzague Saint Bris, Louis XI le méconnu, éditions Albin Michel, 237 pages, 2015
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