Au Théâtre Darius Milhaud (Paris 19e) l'on peut découvrir L'appel du vide, une pièce de Augustin Ledoux mise en scène par ce dernier et Pol Moan. S'inscrivant dans un environnement théâtral loufoque et métaphysique c'est un spectacle surprenant et poétique sur fond de questionnement social et de mythologie.
Alors que la fin approche, c’est l’heure de faire les comptes pour trois sœurs (naissance, vie, mort) qui ont en charge le cycle de la vie humaine.
Alors que la fin approche, c’est l’heure de faire les comptes pour trois sœurs (naissance, vie, mort) qui ont en charge le cycle de la vie humaine.
En observant les humains passer depuis une station-service quasi abandonnée, elles doivent, elles les Moires [que les latins nommeront les Parques], décider s’il reste encore en eux quelque chose à sauver, ou si le vide est leur seule perspective. A la fois touchants et drôles ces personnages apparaissent sur la scène dans un décor minimaliste (pompe à essence, éléments de nature) qui n'est pas sans évoquer la solitude existentielle d'un tableau d'Edward Hopper.
Perturbées, ces « âmes esseulées » cherchent désespérément des réponses à leur questionnement. Et les Moires cherchent au mieux pour trouver des solutions à leurs problèmes. Tout le sel du spectacle repose sur cette cohabitation étrange entre les humains et ces trois créatures, qui semblables aux dieux olympiens tentent avec des résultats mitigés d'interférer dans le destin de ces personnes souvent rétives ou indécises face à leurs conseils.
Tout s'enchaîne à travers des tableaux variés dans un climat distillant à la fois folie douce et climat mythologique. Très alertes, les comédiens sont visiblement habités par ces personnages à la fois simples et lunatiques. Et le texte grinçant et la frénétique mise en scène oriente autant le spectateur vers un théâtre onirique de l'absurde que sur le terrain d'une comédie sociale.
Dans une intéressante progression narrative L'appel du vide met en exergue les rapports humains mais aussi avec beaucoup d'humour la difficulté du mode de gestion des conflits par ces trois « supercoachs » de l'âme, trio divin lui-même envahi par d'incessantes chamailleries. Véritable Theatrum Mundi dans lequel évoluent les Moires qui par moments s'assoient aux premiers rangs de la salle, clin-d'oeil aux spectateurs comme si elles les invitaient à partager dans ce temps suspendu leur âpre réflexion sur le devenir des personnages.
L'on signalera aussi le raffinement onirique des costumes qui donne aux personnages cette dimension hybride et animalesque. Enfin, l'on notera un aspect plus politique de la pièce à travers Monsieur Shell, personnage imbu et excessif (interprété par Augustin Ledoux), figure emblématique de cette Société du spectacle, prophétisée par l'essayiste Guy Debord, société dans laquelle tout rapport humain n'est envisagé que sous une forme commerciale.
Dans L'appel du vide Monsieur Shell est traqué dans ses moindres déambulations par une journaliste (Noé Castanier), aussi déchaînée que lui. A travers ce duo théâtral humoristique le spectacle laisse percer l'idée d'une certaine connivence entre élites, médias et réseaux sociaux. Au final, l'on saluera ce spectacle des plus originaux, première pièce de la compagnie Carnage fondée en 2024 par Augustin Ledoux et Adèle Josse.
durée : 1 h 30
L'appel du vide, une pièce de Augustin Ledoux
Mise en scène : Augustin Ledoux, Pol Moan
Avec : Pol Moan, Emilie Nicolle, Garance Baudu-Picquet, Lili Bourguignon, Max Baraké, Juliette Colin, Colette Crouzet, Noé Castanier, Augustin Ledoux
jusqu'au 23 février 2026
Léocadia, de Jean Anouilh
L'enfant de verre, de Léonore Confino et Géraldine Martineau
L'appel du vide, une pièce de Augustin Ledoux
Mise en scène : Augustin Ledoux, Pol Moan
Avec : Pol Moan, Emilie Nicolle, Garance Baudu-Picquet, Lili Bourguignon, Max Baraké, Juliette Colin, Colette Crouzet, Noé Castanier, Augustin Ledoux
Théâtre Darius Milhaud
(salle 1)
80, allée Darius Milhaud
Paris 19e
(salle 1)
80, allée Darius Milhaud
Paris 19e
horaires : les lundis à 21 h
jusqu'au 23 février 2026
L'appel du vide - Théâtre Darius Milhaud
A lire :
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