lundi 6 juillet 2020

L'envolée





Avec L’envolée Eva Riley propose un film incisif et intimiste sur l’univers de l’adolescence.

Scénariste et réalisatrice écossaise Eva Riley avait en 2016 écrit et réalisé pour la BBC le court-métrage Diagnosis qui lui valut d’être repérée « Star of Tomorrow » par Screen International. L’envolée, dont l’histoire se passe dans la banlieue de Brighton, est son premier long métrage. Le personnage central (Leigh) est une gymnaste de 14 ans qui s’entraîne intensivement en vue d’une compétition. L'ado se trouve coincée entre un père bougon et le souvenir nostalgique d'une mère récemment disparue.

L'envolée

L’envolée s’attache à décrire sur un mode à la fois suggestif et réaliste le changement psychologique de Leigh à la suite de l’arrivée et de l’installation  d’un demi-frère (Joe) plus âgé.  Ce dernier l’orientera progressivement vers la petite délinquance. L’envolée est un film plutôt lent (surtout dans sa 1re moitié, moins réussie) avec des dialogues espacés. Ce climat cinématographique entre chien et loup est porté par les gros plans de visage des deux ados et par une intéressante lumière diffuse soulignant - à travers les alentours de Brighton - une certaine esthétique campagnarde.

L'envolée

Réalistes et complexes les personnages de Leigh et Joe échappent habilement aux stéréotypes cinématographiques sur les jeunes. L’attirance trouble de Leigh pour son demi-frère lui fait faire des choses répréhensibles, qui l’écarte progressivement de sa passion sportive. Dans L’envolée la réalisatrice, sans manichéisme, nous suggère aussi, à travers le personnage de Rob, le pouvoir de domination mentale de la bande sur Joe, personnage finalement  plutôt maladroit et craintif. Dans de courtes scènes de la vie quotidienne filmées sur le mode naturaliste (courses de motos, promenades campagnardes, scènes familiales)  la réalisatrice met  tout autant en exergue la relation ambiguë de Leigh avec son demi-frère  que  l’effritement progressif de l’intérêt de Leigh pour son univers gymnastique.

L'envolée

Néanmoins à partir de l'image symbolique de couple délinquant elle n’en tire aucun effet social dramatique gratuit, contrairement par exemple à un film comme Shéhérazade (2019) de Jean-Bernard Marlin,  archétype d'un romantisme larmoyant,  ethnique et puéril, ce qui sans doute   a valu à ce long métrage nullissime d'être primé trois fois. En outre,  la réalisatrice a eu la bonne idée de  chercher ses deux acteurs en dehors de milieux marginaux et dans un univers non professionnel. Visiblement ils ont été capables d’improviser certaines scènes et surtout d’apporter quelque chose de personnel.

L'envolée

Frankie Box déploie beaucoup de naturel dans son interprétation de jeune gymnaste écartelée entre son attirance trouble pour son demi-frère et sa conscience malheureuse d’être l'otage de sa discipline sportive. Dans un rôle de petit dur tendre coincé entre les diktats de sa bande et sa relation  fraternelle envers Leigh  Alfie Deegan déploie un talent  certain. Et finalement  Eva Riley parvient à interroger bien au-delà de la thématique de la performance sportive. Dans L’envolée elle propose un regard  original et poignant  sur la solitude contemporaine de deux adolescents.

durée : 1 h 23

L'envolée, un film de Eva Riley, drame, Royaume-Uni, couleur/VO anglais et français
Avec Frankie Box (Leigh), Alfie Keegan (Joe), Sharlene Whyte (Gemma), Will Ash (Rob)

L'envolée

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