lundi 4 septembre 2017

Raymond Rochette, l’obsession de l’industrie



Peintre fasciné par l’univers industriel de sa région, Raymond Rochette (1906-1993) est un enfant du Creusot. Abondamment illustré et rédigé par divers auteurs (historiens, conservateurs du patrimoine, membres de la famille), l’ouvrage Raymond Rochette, l’obsession de l’industrie tente de percer le mystère de cet œuvre insolite nourri par la flamboyance chromatique, le quotidien des ouvriers et des influences urbaines.


« Rochette du Creusot » : c’est par cette familière formule que l’artiste signait certaines de ses peintures à partir des années 50 ! L’on ne sera guère étonnés car Rochette a passé un temps considérable dans les usines, tentant de renouveler, par une démarche picturale originale, la peinture industrielle et populiste.

Raymond Rochette, Atelier de mécanique, 1952
Peinture à l’huile sur papier collé sur bois 92 x 73 cm
Collection de la famille de l’artiste

(Rochette d’ailleurs se revendique comme héritier de deux artistes - du XIXe siècle - à tendance naturaliste : le Français François Bonhommé (1809-1881) et le Belge Constantin Meunier (1831-1905).) « Ce milieu où l’industrie est reine est pour moi d’une belle richesse émotionnelle dont je ne suis jamais blasé » (1), confia un jour Rochette, qui ne cessa jamais de peindre. Une telle phrase sans doute aurait pu être prononcée par Zola, le célèbre auteur de Germinal, fasciné tout autant par l’industrie de son époque et par l’esthétique brutale et un peu sauvage qui en découlait.

Raymond Rochette, Tôles sortant du four à recuire, juillet 1957
Peinture à l’huile sur papier collé sur bois 90 x 116 cm
Collection de la famille de l’artiste

A la fois réaliste et « post-impressionniste », la peinture de Rochette se profile méticuleuse et impressionnante. Dans ses tableaux, l’homme nous laisse deviner des machines rougeoyantes, nimbées de fumée ou encore des géants métalliques avec de grandes plages d’ombres et de lumière. Rochette conçoit l’usine, un peu comme un théâtre, lieu idéal de décors fumants et de mises en scène colorées où il incorpore ses personnages d'ouvriers anonymes. Très détaillé et agréable à la lecture, l’ouvrage collectif fournit au lecteur de nombreux repères biographiques sur cet artiste, qui également s’intéressa au paysage rural de sa région, très présent dans son travail pictural. 

Raymond Rochette, Vers la plaine des Riaux, novembre 1948
Peinture à l’huile sur papier collé sur carton 72 x 91,5 cm
Collection de la famille de l’artiste

Comme le signale dans le livre Matthieu Pinette, conservateur en chef du patrimoine, « Raymond Rochette est un rustique [et] sa qualification, un peu trop exclusive, de ‘peintre des usines’ tend à le faire oublier ». Sa peinture s’inscrit résolument dans la durée : plus de 70 ans de peinture dont 35 consacrés à l’usine du Creusot qu’il peignait régulièrement. On évalue son œuvre à près de… 1 600 pièces ! Ecartelé entre le social et un certain raffinement esthétique, peintre encore trop méconnu en dehors de sa région, Raymond Rochette mérite vraiment d’être redécouvert !

(1) Bulletin C.C.E Framatome, avril 1983, cf. cat. expo. Le Creusot, 1997-1998, p. 9).

Raymond Rochette, l’obsession de l’industrie, coédition Somogy/Ecomusée Creusot Montceau, 175 pages, 2017

A signaler : Expo « Rochette, l’obsession de l’industrie »
Ecomusée Creusot Montceau
Musée de l’homme et de l’industrie
Château de la Verrerie
71200 Le Creusot

jusqu’au 31 mars 2018

La Machine à vapeur du blooming, 1953
Peinture à l’huile sur carton collé sur bois 73 x 60 cm
Musée de l’Homme et de l’Industrie, Ecomusée, Le Creusot




















































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