lundi 27 juin 2022

Persona, le nouvel opus de Selah Sue


7 ans après le flamboyant Reason,  Selah Sue signe son grand retour musical avec Persona, opus introspectif et groovy. Révélée en 2011 avec un premier disque éponyme la Belge à la voix délicieusement soul et légèrement éraillée nous revient  avec ce 3e opus riche de 17 titres et particulièrement bien produit. A l'écoute de Persona  l'on sent   que  depuis Reason et surtout la période du confinement Selah Sue  a beaucoup de choses à communiquer sur le monde et sur sa vie. Persona se profile un album intimiste où l'artiste n'hésite pas à évoquer des thèmes qui lui sont personnels comme la maternité ou la dépression.  

Selah Sue

« Pills » (Anti-dépresseurs) par exemple est une sombre chanson relatant son combat contre la dépression depuis l'adolescence.  « Try to make Friends  » aborde  le problème social de la solitude. Subtilement, pour ce disque existentiel en 17 étapes l'artiste a privilégié   les musiques urbaines, ce qui donne à l'ensemble de Persona un climat à la fois énergique et méditatif.  « Kingdom  », le premier titre, rappelle de façon lointaine  « African Night  Flight » de David Bowie sur Lodger ou plus récemment les haltes electro et cosmopolites  d'Anna Aaron sur Neuro


Avec son ambiance jungle, ses rythmes dansants et ses synthés ronflants  « Kingdom  » préfigure  la tonalité world de l'opus. La voix chaude, bluesy et légèrement aérienne de Sue se prête idéalement à toutes sortes de styles (ragga, soul, pop, rhythm and blues, reggae). Et ses brusques changements de rythmes et d'intonations donnent sur Persona cette couleur particulièrement expressive et chatoyante.


Portée par une large palette vocale la chanteuse belge passe facilement d'un rap nineties (« Wanted Your to Know »)  à  une ballade sur fond de soul funky et de rhythm and blues (« Try to make Friends »). Ce dernier titre rappelle d'ailleurs le mélodique « Alone » sur Reasson.  Dans la même veine groovy, l'artiste fait  sur  « Hurray » zigzaguer sa voix entre musique Tamla Motown et rap urbain. C'est un morceau propulsé par des percussions et des choeurs furtifs.  L'on retrouve aussi cette même pêche   des parties vocales dans les titres les plus rock comme « Karma » avec ses réverbérations space et cold wave ou sur  les ballades au raffinement certain (« All the Way down », « Catch my rift »). 


Par sa façon de concevoir la voix comme un  véritable instrument de musique,  Sue peut faire songer à des chanteuses comme Amy Winehouse  ou même Janis Joplin ou Billie Holiday. Au final, cet opus, le 1er depuis Reason, prouve que   Selah Sue n'est pas juste un phénomène de mode. Par son style direct et imagé, par la qualité de ses compositions et des arrangements, elle s'affirme comme une artiste de premier plan. A l’instar de Janelle Monae, M.I.A. ou Aloe Blacc, elle appartient à cette nouvelle génération pour qui la musique ne doit surtout pas avoir de frontières de genre.

Persona, Selah Sue, Because Music, 2022



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