lundi 30 avril 2018

Hotel Salvation




Drame intimiste et métaphysique Hotel Salvation évoque la réconciliation tardive d’un père et de son fils sur les bords du Gange. Pour ce premier long métrage de fiction, l’Indien Shubhashish Bhutiani signe là une œuvre intimiste et étrange sur fond de conflit entre monde moderne et tradition.


L’histoire d’Hotel Salvation inspira Bhutiani à la suite d’un voyage à Bénarès. Au cours de ce dernier, le réalisateur de 26 ans découvrit l’existence d’hôtels du Salut, lieux où les mourants viennent louer une chambre pour 15 jours avant leur dernier voyage terrestre. Le personnage principal (Daya) est un vieil homme, qui -sentant sa dernière heure venue - décide de terminer sa vie dans un de ces établissements, un peu particuliers pour un Occidental.

Hotel Salvation

La première partie du film nous montre Dayan annoncer à sa famille sceptique ce voyage initiatique. Les préparatifs minutieux de ce départ comme l’arrivée dans la ville de Bénarès - destination religieuse de prédilection des Hindous de tous âges - nous sont évoqués dans le moindre détail. La deuxième partie du film nous décrit la vie au quotidien de Daya dans un de ces hôtels. Son fils (Rajiv) accompagne son père, un peu à contre-coeur, pour son dernier séjour. Par de courts dialogues le réalisateur nous laisse deviner à l'occasion de cette ultime rencontre tout ce qui a pu rapprocher et éloigner les deux hommes, que ce soit sur le terrain du rapport au travail, de la place sociale de la famille et des femmes ou simplement des traditions.

Hotel Salvation

La beauté crépusculaire de Bénarès et de son fleuve sacré offre au cinéaste un saisissant décor naturel. Les furtifs dialogues entre Daya et Rajiv ainsi que le regard aigu et malicieux porté par le cinéaste sur les autres clients de l’hôtel contribuent à donner à son film une vraie fraîcheur et un climat spécial. Propulsé sur un mode allégorique et intimiste Hotel Salvation interroge cette mystérieuse Inde éternelle, constamment prise entre élans de modernité et refuge dans la tradition. A la fois goguenard et grave (dans le sens tchékhovien) par sa forme, ce film littéraire et philosophique (par son propos) bénéficie aussi d'un excellent casting. Adil Hussain (Rajiv) et Lalit Behm (Dayan) sont très crédibles dans ce jeu verbal, pudique et à fleurets mouchetés, sur fond de tendresse et d'atavisme rancunier.

Hotel Salvation

Les autres membres de la famille ainsi que les divers occupants de l’établissement vieillot sont aussi bien étudiés. Hotel Salvation séduit tant par la délicate beauté nostalgique qui l'imprègne que par la véracité des personnages représentés. Comme dans les grands films de Satyajit Ray (1921-1992), Shubhashish Bhutiani se penche sur le mystère de la permanence, des êtres, des choses. Dans Hôtel Salvation, il affiche cette interrogation aiguë avec même un humour discret, enrobé de tendresse. Comme le fit Jean Renoir en 1951 avec son cultisme Le Fleuve, ce jeune cinéaste inscrit son oeuvre dans un vertige allégorique sur la vie et le temps !

durée : 1 h 35

Hotel Salvation, un film indien de Shubhashish Bhutiani, VOST, 2018
Avec Adil Hussain (Rajiv), Lalit Behm (Dayan), Geetanjali Kulkarni (Lata), Palomi Ghosh (Sunita), Navnindra Behl (Vimla), Anil K Rastogi (Mishraji)

Hotel Salvation

















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