lundi 7 septembre 2015

Spécial Théâtre




Cette semaine, BLOG DE PHACO vous recommande 3 excellents spectacles : Le Journal d’une femme de chambre et Le Revizor au Théâtre Rouge (Lucernaire), Orphans (Orphelins) à l’Essaïon Théâtre…


1
Le Journal d’une femme de chambre


Le Journal d’une femme de chambre 

Dans un roman sulfureux intitulé Le Journal d’une femme de chambre (1900), Octave Mirbeau (1848-1917) dévoilait les injustices de la condition des femmes de chambre au XIXe siècle à travers son personnage emblématique de Célestine. Comme Zola, Mirbeau avait la prédisposition littéraire pour le naturalisme noir ainsi que l’acuité, le talent et l’humour pour décrire l’égoïsme et la vantardise des notables, leur caractère ridicule ainsi que leurs bizarreries sexuelles (fétichisme). Adapté pour le théâtre par Philippe Honoré et mis en scène par Philippe Person, l’ambigu et explosif Journal prend sur la scène du Théâtre Rouge une couleur à la fois délicieusement rétro et chabrolienne prenant le ton d'une "comédie politico érotico policière ".

Le Journal d’une femme de chambre 
(Florence Le Corre-Person et Philippe Person)

 Entrecoupés par les légères ritournelles de Dassin, Sardou ou Claude François, les secrets inavouables de Célestine - qui à la suite de la publication de son Journal, répond à ses lecteurs - y sont divulgués, dans le cadre nonchalant de cette petite bourgeoisie rurale des années 70. Naturelle et manipulatrice, hédoniste et masochiste, fataliste et passionnée, Célestine respire un mystère en perpétuelle évolution. Interprétée de façon très convaincante par Florence Le Corre-Person, elle nous débite sur un ton enjoué, voluptueux et mélancolique le feuilleton bizarre et indécent de sa vie, rempli des turpitudes variées de ses maîtres et par son attirance amoureuse pour Joseph, un domestique des Lanlaires, qu’elle soupçonne d’avoir assassiné une petite fille. Philippe Person interprète les rôles du capitaine Mauger, de M. Lanlaire et de Joseph sur le mode subtilement ingénu et grinçant. Et le détonnant duo fait de ce spectacle une grande réussite !

durée : 1 h

Le Journal d’une femme de chambre d’après le roman d’Octave Mirbeau
adaptation : Philippe Honoré
mise en scène : Philippe Person

Théâtre Rouge (Lucernaire)
 53, rue Notre-Dame des Champs
Paris 6e
du mardi au samedi à 18 h 30

jusqu’au 31 octobre 2015


2
Le Revizor


Le Revizor 

Comédie de Nicolas Gogol (1809-1852), Le Revizor (1836) plonge le spectateur dans la Russie provinciale du XIXe siècle. Dans cette pièce sarcastique et tendre, qui zigzague entre farce politique et désopilant vaudeville, l’auteur du célèbre Journal d’un fou (1835) dénonce la corruption et l’hypocrisie d’une troïka de fonctionnaires établis dans une petite ville isolée. Tout le sel de l’histoire repose sur un quiproquo portant sur l’identité d’un étrange aristocrate récemment arrivé et considéré comme l’inspecteur du gouvernement (le Revizor). (Même si au premier abord l’intrigue peut sembler minimaliste, le Revizor s’avère une pièce jubilatoire et très drôle.)


Le Revizor

D’emblée, encombré de meubles bancals et inclinés (table, chaise…), le décor scénique nous suggère le « côté tordu » de l’histoire et anticipe la « tension émotionnelle » qui va précipiter le gouverneur, sa fille et les autres notables dans les filets de Khlestakov (le faux inspecteur), symbole de l’éternel empêcheur de tourner en rond, qui joue autant sur la peur que sur la fascination pour contrôler son nouvel entourage.  Alerte, la mise en scène de Ronan Rivière et Aymeline Alix donne plein pouvoir aux comédiens les scindant en deux groupes comiques : d’un côté les fonctionnaires, symbole de ploucs grossiers enrichis ; de l’autre Khlestakov - conseillé par son fidèle domestique Osip - incarnation de la belle Russie, celle des beaux salons de Saint-Pétersbourg, parés de voilettes et de parfums délicats, où l’on peut faire des rencontres extraordinaires comme celles de l’Empereur ou de l’écrivain célèbre Pouchkine.



L’intensité de cette pièce étrange résulte sans doute de l’ironique description de la relation trouble entre le mythomane et ses interlocuteurs, nous interrogeant sur le pouvoir, la séduction et la part de rêve que Khlestakov offre à ses interlocuteurs, parfois même sous l’emprise de l’alcool ! Les comédiens du Revizor se profilent parfaitement rodés. Dans son personnage d’escroc malingre, à la fois futé et naïf, Ronan Rivière est très convaincant. Au final, le spectacle se révèle une excellente occasion pour découvrir le désopilant univers théâtral de Gogol !

durée : 1 h 30

Le Revizor d’après Niikolaï Gogol
mise en scène : Ronan Rivière et Aymeline Alix

Théâtre Rouge (Lucernaire)
du mardi au samedi à 20 h, le dimanche à 17 h

jusqu’au 11 octobre 2015



3
Orphans


Orphans

Ecrite en 1969, Orphans (Orphelins) est une des œuvres les plus connues de Lyle Kessler, un acteur américain orienté vers l’écriture et la mise en scène. L’histoire se profile autour de deux frères orphelins - Treat et Phillip - l’un, petit délinquant impulsif et violent, l’autre lunaire et craintif sous la coupe du premier - dont la vie et le caractère vont progressivement changer à la suite de l’arrivée dans leur grande maison de Philadelphie d’Harold, un homme alcoolique un peu loufoque, mais plein de générosité et de projets pour eux. Heureusement, Orphans échappe aux conventions du mélo pour se faufiler entre drame réaliste et comédie familiale pleine d’humour.

Orphans
(Vincent Simon)

 Les trois excellents comédiens [Etienne Ménard (Harold), Bastien Ughetto (Philipp), Vincent Simon (Treat)] et la subtile mise en scène de Sylvy Ferrus donnent le punch à cet Orphans. La croquignolesque confrontation d’Harold - retenu un temps en otage - et des deux frères nous est montrée sous toutes les coutures théâtrales sur le ton humoristique de l’absurde et du questionnement philosophique du quotidien. Puis, par un rythme soutenu, la pièce nous oriente vers le chemin de résilience de Treat et Philipp révélés à la fin à eux-mêmes. Au final, un spectacle surprenant à la fois grave et drôle !

durée : 1 h 30

Orphans (Orphelins) de Lyle Kessler
adaptation : Vincent Simon
mise en scène : Sylvy Ferrus

Essaïon Théâtre
6, rue Pierre au Lard
Paris 4e  
les jeudis, vendredis et samedis à 21 h 30 (relâche samedi 19 septembre)

jusqu’au 7 novembre 2015










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