lundi 14 septembre 2015

Mademoiselle Frankenstein





Dans Mademoiselle Frankenstein, Frédéric Gray et Géraldine Clément mettent en scène l’étrange récit de Thierry Debroux, qui explore le mythe de la célèbre créature monstrueuse, née de l’imagination de Mary Shelley (1797-1851).


Entre questionnement philosophique et voyage fantastique dans les méandres du passé, Mademoiselle Frankenstein happe le spectateur dans un univers romantique et trouble, parsemé de fulgurances gothiques. D’emblée, un climat entre chien et loup flotte sur la petite scène d'A La Folie Théâtre : deux personnages en noir habillés à la mode 1830 ; un laboratoire à la Jules Verne, encombré de fioles et d’instruments d’expérimentation ; des lumières aux tonalités sépulcrales…  Ironiquement, dans cet espace inquiétant nulle trace se profile du docteur Frankenstein et de sa monstrueuse progéniture. Un duo apparaît sur la scène théâtrale. Il est constitué de Mary Shelley [Christelle Maldague] et d’un certain Lazzaro Spallanzani [Frédéric Gray]. L’homme illuminé, qui se prétend journaliste, cherche à savoir ce qui a poussé la jeune femme à écrire un roman aussi terrifiant que Frankenstein. D’abord calme, puis pressant et harceleur, le comportement de l’admirateur nous est montré parallèlement à celui de Mary Shelley, naviguant entre silence dubitatif, confidences et révélations sous hypnose. L’homme paraît fou, alternant entre dinguerie et conscience philosophique malheureuse. (L’origine du désir de Spallanzani de percer à tout prix le secret de la romancière ne nous sera révélée qu’à la fin de la pièce.) Le désir de possession morale de l’inconnu sur Mary Shelley  est particulièrement mis en avant.

Mademoiselle Frankenstein -  A La Folie Théâtre

 A la fois fable métaphysique et enquête psychologique émaillée d’éléments historiques, Mademoiselle Frankenstein propulse le spectateur dans un labyrinthique espace où les confidences, rares et arrachées, de Mary Shelley  - qui évoque la mort cruelle de son mari (le poète Percy Shelley) ou celle de ses deux enfants – peuvent renvoyer symboliquement au cabinet du juge, du policier, du prêtre ou de l’analyste avec son flot de confessions et de réticences. Avec grand talent, Frédéric Gray et Christelle Maldague interprètent ces personnages à l’âme tourmentée, qui au-delà de l’aspect insolite de leur rencontre, semblent possédés chacun à sa façon par un désir de percer le mystère de la vie. Mademoiselle Frankenstein nous interroge sur le rapport étrange du romancier avec son œuvre, sur la crainte métaphysique d’enfanter et sur les angoisses au  XIXe siècle – toujours d’actualité - suscitées par le progrès de la science. Pièce surprenante, portée par le très original texte de Thierry Debroux et l’interprétation subtile des deux comédiens, Mademoiselle Frankenstein offre un spectacle théâtral aussi tonique qu’envoûtant.

durée : 1 h 15

Mademoiselle Frankenstein -  A La Folie Théâtre

Mademoiselle Frankenstein, de Thierry Debroux

Avec Christelle Maldague (Mary Shelley) et Frédéric Gray (Lazzaro Spallanzani)
Mise en scène : Géraldine Clément et Frédéric Gray

A La Folie Théâtre
6, rue de la Folie Méricourt
Paris 11e
tous les jeudis à 20 h 30


jusqu'au 4 février 2016


Le cauchemar - Johann Heinrich Füssli - 1781







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