lundi 5 janvier 2015

C'est la faute à Le Corbusier



Faut-il en banlieue détruire les barres et les tours ou bien les réaménager ? C’est l’une des questions cruciales posées sur le mode humoristique par la comédie urbaine C’est la faute à Le Corbusier ? A partir de thèmes rares au théâtre, comme l’architecture et l’urbanisme, C’est la faute à Le Corbusier ? de Louise Doutreligne nous fait pénétrer dans le quotidien d’une cité à travers le témoignage d’une bande de jeunes. Egalement, l’habitat en banlieue nous est raconté par la voix des nombreux interlocuteurs de la vie sociale et associative.
Mise en scène par Jean-Luc Paliès, cette pièce, riche en monologues courts et incisifs, traite de façon subtile du mal-être de l’habitat - et de son environnement -, tout en nous présentant une série de personnages réalistes qui nous proposent des remèdes : le gardien d’immeuble brésilien, la documentariste, le musico, la maire, la chanteuse-étudiante en architecture… Tout le sel de cette comédie érudite et décalée est nourri par la séquestration - douce - de deux pittoresques architectes sommés d’entendre dans un climat paradoxalement « convivial » toutes les doléances des occupants d’un local social. 

photo © Cécile Abescat - C’est la faute à Le Corbusier

Entrecoupés d’intermèdes musicaux, les témoignages des résidents s’y télescopent en indignation live - ou sous la forme cocasse de reportages filmés projetés sur écran - sous l’œil amusé et incrédule des architectes, faisant profil bas face à ce flot inédit d’aspirations participatives. Les limites de l’art architectural nous sont habilement suggérés, notamment par Alberto Costa (le gardien), qui met sur la sellette certaines réalisations de Niemeyer au Brésil. Sans emphase, C’est la faute à Le Corbusier offre une synthèse pertinente du dilemme urbanistique, puisant autant dans l’actualité que dans les racines (l’après-guerre) de ce mal-être. Véritable serpent de mer, l’architecture actuelle y est envisagée sous tous les angles : poids des enjeux financiers, délicate question de la réhabilitation des cités, fragilité du discours théorique et des utopies,  semi-échec et limites de l’architecture fonctionnelle. Spectacle  instructif, drôle et convivial, C’est la faute à Le Corbusier s’empare efficacement de tous ces thèmes explosifs, nous les présentant en une forme  moderne et attrayante de théâtre-cinéma-musique. 

durée : 1 h 40

C’est la faute à Le Corbusier, de Louise Doutreligne 
Mise en scène : Jean-Luc Paliès 

Vingtième Théâtre
7, rue des Plâtrières
Paris 20e
du jeudi au samedi à 21 h 30 ; le dimanche à 17 h 30

jusqu'au 22 février 2015

photo © Cécile Abescat - C’est la faute à Le Corbusier




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