Tourné en quechua et en espagnol La fille condor explore les tensions entre héritage culturel et aspirations personnelles avec comme toile de fond les hauts plateaux boliviens. Avec ce superbe second long métrage Álvaro Olmos Torrico nous propose une oeuvre cinématographique à la fois incisive et poétique orientée vers un questionnement métaphysique. Le film nous raconte le tiraillement d'une adolescente (Clara), prise entre une vie toute tracée dans une communauté indigène des Andes et son attrait pour rejoindre la grande ville afin de devenir une star de la chanson. Dès le début La fille condor plonge le spectateur dans un climat pastoral voire mystique montrant cette jeune fille dont la fonction est d'assister par ses chants ancestraux sa mère adoptive (une sage-femme) guidant ainsi les femmes dans leur accouchement.
Partagée entre sa fidélité à la communauté et son désir de partir le choix cornélien de Clara - mis en relief par les valeurs opposées d'une cousine et de sa mère adoptive - sert de point de départ à une lancinante réflexion autour de la tradition et de la modernité. En effet, la dépendance extrême au milieu social dans lequel évolue la douala quechoua n'est pas sans l'exposer à la cruauté et ceux qui contredisent les lois de la communauté sont sévèrement punis comme dans la scène où l'on voit une jeune femme en pleurs condamnée à voir ses tresses coupées. A priori banale une autre scène nous suggère aussi toute la fragilité de la survivance professionnelle de l'accouchement des femmes enceintes à domicile, enrobé de rituels et de chants à travers la mise en garde d'un médecin de la ville qui demande à la mère adoptive de faire dorénavant venir les femmes enceintes à l'hôpital.
Dans une intéressante progression narrative et dans un film où la lenteur a toute sa noble place Álvaro Olmos Torrico nous plonge sous la forme d'un conte des Andes à la fois réaliste et parabolique dans toute la complexité d'une aspiration à une autre vie (celle de Clara) en milieu traditionnel, qui se concrétisera dans la 2e partie de La fille condor. Oscillant entre tendresse et dureté le long métrage pose de façon cruciale la question de la fidélité à ses origines, à son histoire, à sa famille, à son propre désir.
Egalement, il interroge la survivance des cultures dans les Andes boliviennes une fois les vieux disparus. Il nous montre sur un mode subjectif mais sans fard toute la difficulté qui attend ceux qui s'écartent des lois orales tout en exprimant la dureté de condition de vie et le poids des superstitions sur les habitants. (Dans le film les villageois attribuent la mauvaise récolte et la mort des animaux au départ de Clara.) La problématique du désir de changement et de sa concrétisation sans avoir à renier les racines d'où l'on vient semble au coeur même du questionnement de ce film délicat et solaire qui choisit par son titre même de mêler le destin de son personnage principal à la figure symbolique à la fois lumineuse et obscure du condor.
durée : 1 h 50
La fille condor, de Álvaro Olmos Torrico, drame, Pérou, Bolivie, Uruguay, 2026
Avec Marisol Vallejo Montaño, María Magdalena Sanizo...
(sortie nationale le 19 août 2026)
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