lundi 23 mars 2026

Les filles du ciel


Avec Les filles du ciel Bérangère McNeese signe un premier long métrage sombre et lumineux.  Drame social entre chien et loup, ce film inclassable a comme toile de fond l'amitié féminine et le jeu de pouvoir du groupe.Les filles du ciel est le premier long métrage de cette réalisatrice et comédienne de nationalités belge et américaine.  C'est l’histoire d’Héloïse, une jeune lycéenne en rupture qui fuit son centre d’accueil, où elle cache une relation amoureuse problématique, pour se réfugier au hasard d’une rencontre chez une bande de filles. A travers cette colocation en marge où l'argent de toutes est partagé la réalisatrice semble implicitement interroger à la fois la force et les limites de cette cohabitation. Au début du film l'arrivée d'Héloïse suscite méfiance et raillerie.  Puis dans une intéressante progression narrative l'on suit  l'installation du personnage dans cette minicommunauté où l'amitié alterne avec prises de becs, où le quotidien est délimité par des codes et rites bien spécifiques.  Dans sa description  de jeunes femmes très adolescentes dans leur comportement la réalisatrice fait le choix d'inscrire ses filles du ciel dans un environnement certes proche de la marge mais pas non plus dans une différenciation  sociale trop affirmée. 

Les filles du ciel

Héloïse, Mallorie, Jenna, Mona et  Jade gardent un certain contrôle sur leur vie. Sans être des péripatéticiennes , elles récoltent des pourboires, massant des hommes tous les soirs en boîte de nuit  ; une de la bande est caissière dans un supermarché. Vivant au jour le jour, on les voit dans une scène très vivante, celle de la sortie dans un parc d'attractions, dépenser avec jubilation entre auto-tamponneuses et diverses sucreries les sommes d'argent récoltées en boîte de nuit tout en s'occupant maternellement de l'unique bébé de la bande (celui de Malaurie), lien symbolique reliant les filles de la bande.   Aucun discours sociologique ne perce dans ce petit film intimiste, porté  par un jeu  naturel de comédiennes   et par la forte présence de    Héloïse Volle, dans une composition de jeune femme  à la fois douce et révoltée semblant obsédée par son avenir proche.  L'on devine néanmoins   la précarité de la situation et le déracinement familial des personnages  à travers ce film où tension et tendresse, fébrilité et moments de paix semblent ponctuer un  quotidien problématique dans lequel les éclats de rires ne semblent jamais  tout à fait dissiper les  blessure originelles. 

Les filles du ciel

A travers Les filles du ciel    Bérengère McNeese nous décrit aussi  un univers où les hommes sont  exclus - soit  ils sont absents ou perçus comme  violents  - exception faite de Mehdi, le jeune serveur de la boîte dont s'entiche Héloïse et qui constitue une première entaille dans cette forteresse  sororale. Avec finesse et sans avoir besoin de sexualiser les corps la réalisatrice nous parle  d'amitié  entre filles, de désir de possession avec parfois une petite touche de perversité comme dans l'insolite scène où Mallorie fait croire à   Héloïse que le petit tatouage qu'elle lui a fait sur l'épaule signifie en arabe « soeur » alors que le sens du mot est « poubelle ».  D'une façon assez crue le film évoque la tendance de certaines de ces filles à chosifier l'autre, d'empiéter sur sa liberté comme dans le conflit où le regard critique de la bande se confronte au souhait d'Héloïse de ne pas garder son enfant. Avec Les filles du ciel Bérengère McNeese nous brosse un portrait vif et coloré de jeunes femmes écartelées entre déracinement et aspiration communautaire. Sur un mode original elle nous suggère à la fois toute la force et la fragilité dans la durée de ces groupes aspirant à une autre vie faute de mieux. 

durée : 1 h 34

Les filles du ciel, un film de Bérengère McNeese, drame, France-Belgique, 2026

Avec Héloïse Volle, Shirel Nataf, Yowa-Angélys Tshikaya

(sortie nationale le 25 mars)





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