lundi 31 mars 2025

Paul Doumer - Le dernier président assassiné


Des rizières de l’Indochine au Palais de l’Elysée, au carrefour de la droite et de la gauche, à la jonction de la politique, de l’industrie, de la finance et de la diplomatie, la carrière politique de Paul Doumer s’étale sur presque un demi-siècle. Dans une fine biographie intitulée Paul Doumer - Le dernier président assassiné  l'agriculteur et juriste Paul Mougenot explore les multiples facettes  de cet atypique homme d'Etat, véritable parangon de la IIIe République et  sans doute moins connu   que ses contemporains Léon Gambetta et Georges Clemenceau. Symbole de la méritocratie, Paul Doumer (1857-1932), d'origine modeste, a gravi tous les échelons de l'ascension sociale. Le livre nous raconte l'étonnant parcours de ce natif d'Auvergne, qui fut ouvrier graveur et qui vivant chichement à ses début suivait des cours du soir pour sortir de sa condition. De cette période peu connue de la vie de Doumer l'auteur cite un extrait d'un texte exhumé par un certain Amaury Lorin dans lequel le principal intéressé, aux confidences rares, évoquait ainsi le passé : « J'avais prodigieusement travaillé. A ma table le matin avant 3 heures, je ne quittais les cours que pour gagner mon usine, et je les reprenais à la première minute de répit. Tel fut ma vie pendant six ans ! » (page 28). A ce « bon élève » au destin tragique, qui fut aussi professeur et journaliste, comme Clemenceau, avant de connaître un destin national dans le monde politique, l'auteur consacre une biographie d'autant plus intéressante qu'elle nous fait redécouvrir un régime politique, celui de la IIIe République souvent décrié et peu abordable, tout en brossant un portrait plein de nuances d'un homme politique souvent davantage connu pour son assassinat (par le Russe Paul Gorgulov) que pour son engagement politique et ses réalisations. Dans la France anticléricale de la Troisième République La Franc-Maçonnerie lui permet  de nouer des relations importantes avec des personnalités politiques, ce qui ne l'empêche pas d'avoir un regard critique envers l'institution comme l'exprime ainsi l'auteur : « Doumer préfère rester fidèle à la France plutôt qu'à la franc-maçonnerie. L'encartage, ce n'est pas pour lui. Sa conscience est le seul sésame qu'il s'autorisera à systématiquement utiliser   » (page 65). Ministre des finances, il déposera un impopulaire projet d’impôt progressif sur le revenu, qui ne se concrétisera qu'en 1914. Gouverneur de l’Indochine (de 1897 à 1902), cet amoureux des chemins de fer mettra en place le Transindochinois, premier et unique réseau du chemin de fer en ex-Indochine française. De cette vie essentiellement consacrée à l'engagement politique - avant d'être élu en 1931 président de la République Paul Doumer fut président du Sénat, président de la Chambre des députés, plusieurs fois ministre, député de l'Aisne et de l'Yonne, sénateur de la Corse, président du conseil général d l'Aisne - Paul Mougenot nous en rappelle aussi la tragédie familiale. En effet, Marcel‚ René‚ André et Armand‚ quatre de ses fils tombèrent au combat ou succombèrent à leurs blessures․ Cette perte incommensurable causa une douleur immense à Paul et Blanche Doumer‚ déjà éprouvés par la guerre et ses horreurs․ La tragédie ne s'arrêta pas là‚ car un cinquième fils‚ gazé‚ périt quelques années plus tard․

Paul Mougenot, Paul Doumer - Le dernier président assassiné, broché, grand format, Histoire, éditions Passés Composés, 269 pages, 2025

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