lundi 21 septembre 2020

Sing me a song




Invitation au voyage et support de réflexion sur l'usage des nouvelles technologies chez les enfants et adolescents, le documentaire Sing me a song de Thomas Balmès nous entraîne dans le Bhoutan contemporain à la rencontre d'un moine écartelé entre tradition et modernité.


Depuis près de 20 ans, entre cinéma ethnographique et documentaire social, le réalisateur français promène sa caméra de par le monde. Maharaja Burger (1997) abordait de façon atypique les modes de pensée de la civilisation indienne. Quant à Bosnia Hôtel (1996), il présentait des guerriers Samburus envoyés par les Nations unies en Bosnie comme casques bleus chargés de ramener la paix. Pour ce nouveau documentaire le réalisateur retrouve son jeune héros Peyangki, qu’il avait filmé en 1213 dans Happiness.

Sing me a song

Devenu adolescent, Peyangki vit et étudie maintenant dans un imposant monastère traditionnel, planté à 4 000 mètres d’altitude. Surfant habilement entre documentaire stylisé   et conte social le regard cinématographique de Balmès nous plonge dans le Bhoutan d’aujourd’hui, riche de multiples contradictions. Personnage complexe Peyangki nous est présenté comme tiraillé entre les rituels quotidiens de son apprentissage religieux, les exigeances d’une mère autoritaire et l’évasion que les nouvelles technologies lui procurent. Habilement, le long métrage nous suggère la tension existante entre devoir et désir dans un Bhoutan méconnu, à la fois furieusement technologique et imprégné de religiosité. 

Sing me a song

Cette tension portée par Peyangki nous est d’ailleurs révélée plus ouvertement dans la seconde partie de Sing me a song, narrant l’arrivée et l’installation du jeune homme à Thimphou - gros centre urbain de 100 000 habitants - ainsi que sa première rencontre avec une jeune chanteuse dont il est tombé amoureux sur We Chat et   avec qui, au monastère, il échangeait des conversations depuis leur rencontre en ligne. Dans un style à la fois élégant, poétique et très visuel - friand de visages de moines en gros plan et de somptueux paysages - Sing me a song nous interroge à travers les doutes, le désir et le désarroi amoureux du personnage principal sur les contradictions de ce pays à part, à la fois ultraconnecté et gardant jalousement ses traditions religieuses. 

Sing me a song

Pays autoritaire récemment devenu (en 2008 !) une démocratie prônant une inédite et révolutionnaire notion de « Bonheur National Brut », le Bhoutan est d’une certaine façon un des personnages principaux du film de Balmès. Sans exprimer le pessimisme radical du romancier japonais Mishima l’ado méditatif de Sing me a song pourrait presque faire sienne l’affirmation du moine tourmenté, concluant le roman Le Pavillon d’or : « Je voulais vivre ». Au-delà de l'esthétique  de son image, de son questionnement politique  et  de son chuchotement poétique Sing me a song se révèle un superbe film sur la tension amoureuse version Asie.

Sing me a song, un film de Thomas Balmès, documentaire - France / Suisse - VOSTFR, 2019

durée : 1 h 40

Sing me a song



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