lundi 2 avril 2018

Expo Chagall, Lissitzky, Malévitch... L'avant-garde russe à Vitebsk 1918-1922



A travers un ensemble inédit de 250 œuvres et documents le Centre Pompidou honore la période méconnue de l’Ecole populaire d’art de Vitebsk, fleuron de l’avant-garde russe.


Fondée par Marc Chagall dans sa ville natale, située aujourd’hui en Biélorussie, cette Ecole  de Vitebsk réunissait, outre le célèbre peintre français d’origine russe, le suprématiste Kazimir Malévitch, grand spécialiste des stricts aplats géométriques jouant sur la couleur - et le surprenant El Lissitzky, architecte, peintre et dessinateur russe, qui adhéra au suprématisme peu après sa rencontre avec Malévitch. Intelligemment conçu, le parcours thématique de l’expo nous familiarise avec le poids historique et politique de la période picturale - ce projet artistique fut étroitement lié à la période postrévolutionnaire marquée par le projet de société de Lénine -  et avec l’éclosion  spontanée de talents diversifiés dans le sillage de ces trois majeurs artistes-enseignants du XXe siècle : Chagall, le plus poétique, Malévitch, le plus théoricien et  Lissitzky, le plus novateur.

Vassily Kandinsky, Moscou. La Place Rouge, 1916, 
Huile sur toile, 51,5 × 49,5 cm, 
Galerie nationale Trétiakov, Moscou.

Outre la peinture puissante de chacun de ces trois maîtres, cette rétrospective est l’occasion  de découvrir  d’autres artistes moins connus, dont certains furent élèves au sein des ateliers libres de Vitebsk, comme Anna Kagan, peintre et designer qui participa aux Architectones de Malévitch. Elèves ou enseignants, l’Ecole de Vitebsk fut une pépinière de talents avant-gardistes. On découvrira notamment les œuvres de Robert Falk, peintre décorateur de théâtre et cofondateur du groupe du Valet de carreau et celles d’Ivan Koudriachov, peintre et graphiste, réputé pour ses  panneaux de  propagande pour automobiles. Outre la qualité  de l’ensemble représenté, l’expo met en exergue la diversité des supports sur lesquels  ces artistes travaillaient, notamment ceux du fameux collectif Ounovis : aquarelles, huiles, affiches, revues, banderoles, enseignes de boutique, panneaux muraux, transports publics, décors de théâtre, cartes d’alimentation…

Marc Chagall, Paysage cubiste, 1919
Huile, tempera, mine graphite, enduit sur toile, 100 x 59 cm
Collection Centre Pompidou, musée national d'art moderne
Photo : Ph. Migeat/Dist. RMN/GP
©Adagp, Paris 2018

Il serait stupide d’évacuer  - par paresse intellectuelle - la profonde dimension de propagande de bon nombre de ces œuvres, servant symboliquement de caution  au régime oppressif et corrompu de Lénine. Cependant, elle n’altère en rien leur modernité et leur beauté souvent graphique. Contrairement par exemple au constructivisme russe, le fonctionnalisme et l’esthétique y font même bon ménage, comme on peut le découvrir à travers les pièces de vaisselle exposées, reflet de l’élégant design suprématiste de Malévitch. Expression à la fois du changement des valeurs sociales et de la modernité des avant-gardes russes,  cette exposition se révèle passionnante !

Expo Chagall, Lissitzky, Malévitch... L'avant-garde russe à Vitebsk
Centre Pompidou
Galerie 2, niveau 6
Place Georges Pompidou
Paris 4e
horaires : tous les jours, sauf le mardi, de 11 h à 21 h, nocturne le jeudi jusqu'à 23 h

jusqu'au 16 juillet 2018

Professeurs de l'école populaire des beaux arts. Vitebsk, 26 juillet 1919. Assis de gauche à droite : El Lissitzky, Vera Ermolaeva, Marc Chagall, David Yakerson, Iouri Pen, Nina Kogan, Alexandre Romm. Debout : un élève de l'école




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