lundi 11 décembre 2017

Marcel Breuer à Flaine (Haute-Savoie)


L’audacieux porte-à-faux de l’hôtel Le Flaine témoigne du triomphe de Marcel Breuer sur le vide. Il est aujourd’hui l’emblème de la station.

Marcel Breuer (1902-1981)

Inscrite dans le fort désir d'architecture de son maître d’ouvrage Eric Boissonnas, Flaine prend une place singulière dans le paysage des stations de sports d’hiver de l’après-guerre. Amoureux de la station haut-savoyarde, Marcel Breuer y transplante un modèle urbain inédit, généreusement orienté vers une approche plastique personnelle.


En Haute-Savoie, au cœur d’une vallée immaculée, Flaine étend son architecture unique à flanc de montagne à 1600m d’altitude. Conçue dans les années soixante par Marcel Breuer, l’un des grands architectes américains du XXè siècle, ancien maître du Bauhaus, cette station s’affirme comme résolument moderne et radicale au milieu des 280 km de pistes qu’offre le domaine du Grand Massif.

Dépliant publicitaire de Flane (1968), à gauche le Forum, à droite terrasse-solarium de l’hôtel Le Flaine (G. Carrard et M. Vardon / Centre Pompidou)

Son choix : pas de chalets traditionnels en pin, mais un ensemble de bâtiments rectilignes en béton brut.Le béton brut des immeubles dans un site montagnard de haute altitude fascine les uns et dérange les autres. L’expression architecturale de Marcel Breuer suscite toujours au XXIe siècle une certaine incompréhension de la part de l’opinion publique.

Construit en 1971, Aldebaran est le premier immeuble rencontré par les skieurs au retour des pistes

Flaine Forum. Le Boqueteau des 7 arbres, par Jean Dubuffet, 1969 (© Adagp, Paris 2009). A l’arrière plan, la résidence Aldebaran

L’Hôtel « Le Flaine », emblème de Flaine avec sa terrasse solarium surplombant une falaise, ainsi que l’immeuble « Bételgeuse », premiers bâtiments de Flaine inaugurés en 1969, ont été classés à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques en 1991.

Hôtel Le Flaine, son balcon en surplomb

Immeuble « Bételgeuse »

Lampadaire vertical, M. Breuer

Lampadaire horizontal, immeuble Bételgeuse

Hôtel Le Totem, panneaux de façade préfabriqués en « pointe de diamants », parement en pierre

Hôtel Les Lindars, cheminée de Marcel Breuer (G. Carrard et M. Vardon / Centre Pompidou)

Plaine Forum, Tête de femmes par Pablo Picasso (1954), l'hôtel les Gradins gris en arrière plan

Inaugurée en 1973, la chapelle oeecuménique est le seul bâtiment n’ayant pas été réalisé en béton par Breuer, qui lui a préféré le bois et l ‘ardoise


A l’intérieur Breuer a dessiné bancs, chandeliers en bronze, luminaires et autel

résidence de tourisme Le Centaure (Flaine), inspirée par le modernisme de M. Breuer


Le Flaine de Marcel Breuer a été construit de 1960 à 1976 par Marcel Breuer and Associates selon le projet qu’il avait conçu en dialogue constant avec les fondateurs Eric et Sylvie Boissonnas. La vocation première de Flaine est d’implanter en France un bon exemple d’architecture et d’urbanisme.

« L’architecture de Flaine est un exemple d’application du principe d’ombre et de lumière que j’ai adopté. Les façades des bâtiments sont taillées comme des pointes de diamant. Les rayons de soleil frappent leurs facettes sous des angles différents ; des éclairages contrastés résultent de leur réflexion», dira l'architecte.

Devant la beauté du massif, la première réaction de Marcel Breuer : «Comment faire pour ne pas le gâter ?» se nuancera bientôt : «Nous le gâterons le moins possible». Pour les Boissonnas, la force de l’architecture de Marcel Breuer - héritier des conceptions architecturales et esthétiques du Bauhaus -, une certaine rudesse, la rusticité du traitement des matériaux, jusqu’à son aspect physique, paraissaient s’accorder avec la montagne.

Marcel Breuer utilise des matériaux très simples comme le béton, la pierre locale et trois essences de bois différentes pour composer une oeuvre architecturale sculpturale. Si «l’art doit naître du matériau», à Flaine cette affirmation de Jean Dubuffet se concrétise avec force et splendeur.

A la base des bâtiments, au niveau du soubassement, on découvre des éléments de murs appareillés en opus incertum, composés de pierres de calcaire extraites des carrières de Sixt dans la vallée du Haut Giffre. Leur couleur, plus foncée que le béton, s’harmonise avec la roche calcaire des falaises. Le bois de couleur blond-roux utilisé pour le châssis des fenêtres est le doussié. Le méranti, bois traité de couleur sombre, sera employé ultérieurement. Le sapin se retrouve dans les garde-corps et dans certains bardages.
Les panneaux préfabriqués en béton alliés à la pierre locale et à différentes essences de bois témoignent d’une qualité plastique et d’exécution remarquable.



Dans l’expression plastique de l’architecture de Marcel Breuer, le rythme occupe une place importante. Sur les façades de béton gris laiteux, sévères et douces, les fenêtres défilent groupées deux par deux ou quatre par quatre au milieu des panneaux en longues bandes parallèles.

Les balcons surplombent le vide, orchestrés en rangées à l’ordonnance rigoureuse et équilibrée (Le Flaine, Bételgeuse). A Flaine, le traitement particulier de chaque façade dénote une volonté de composer différemment sans aucune monotonie pour éviter une architecture répétitive.

Fidèle à l’esprit du Bauhaus, Marcel Breuer ne se limite pas à une création purement architecturale. En dialogue constant avec Sylvie Boissonnas, il emploie son talent de designer pour agencer l’intérieur des hôtels et des appartements de la station. La participation des plus grands designers contemporains à l’agencement des intérieurs démontre l’esprit d’avant-garde des promoteurs de la station.

Marcel Breuer, auquel tout était confié à l’exception de la piscine et des gares de téléphérique, a tenu à détailler lui-même les lampadaires de l’éclairage public, certaines structures des remontées mécaniques, les cheminées adaptées au salon de chaque hôtel et le mobilier de la chapelle : autel, bancs, chandeliers.

source : extrait de Architectures d'une station : Flaine, création de Marcel breuer, in Le courrier de l'architecte, 8 février 2011
































































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