lundi 6 avril 2026

La femme de


Dans La femme de David Roux  brosse un portrait  incisif et touchant du désarroi conjugal. Inscrivant son film dans un certain raffinement pictural, il questionne les rapports de domination  chez le couple et dans la famille.

Inspiré par le roman d'Hélène Lenoir Son nom d'avant, ce second long-métrage du cinéaste nous plonge dans une famille de la bourgeoisie industrielle catholique de province. Marianne, le personnage principal à l'approche  de la quarantaine, s'ennuie dans sa vie, coincé entre des obligations familiales, un mari autoritaire (André) et un discret adultère avec Bob son beau-frère.

La femme de

La rencontre d'un photographe, qu'elle avait connu vingt ans auparavant, va bouleverser cette routine. Avec La femme de David Roux s'inscrit dans un cinéma à la fois intimiste et social. Comme Claude  Chabrol dans La Femme infidèle (1969) le réalisateur parait fasciné par les codes implicites de  vie  dans les familles de la haute bourgeoisie et surtout par les conséquences psychologiques qu'elles peuvent entraîner sur la vie privée. 

La femme de

Interprétée par Mélanie Thierry,  Marianne semble enfermée dans un carcan patriarcal qui l'étouffe.  C'est un personnage féminin que l'on peut supposer craintif, qui contraste par exemple avec celui d'Une femme heureuse (2018) de Dominic Savage, qui étouffant dans une vie  en apparence confortable  faisait le choix provisoire de plaquer mari et enfants. Marianne provient d'un milieu plus modeste que la famille Casella. Et  la belle  villa, qui sert de décor naturel au film, évoque plutôt l'idée d'une serre dont il est difficile de s'échapper.

La femme de

Subtilement, le long métrage nous suggère le décalage existant non seulement entre  Marianne et Antoine mais  entre elle, ses enfants et  sa belle-famille.  Quant à  la relation  qu'elle entretient  dans la maison même  avec son  amant/beau-frère, elle nous est évoquée sous les couleurs d'un certaine routine. Fidèle à l'idée du roman de Lenoir, le cinéaste ne fait pas de Marianne  un personnage d'emblée sympathique. Il n'en fait pas non plus un archétype du bovarysme. L'idée qui domine peut être le plus  dans La femme de   c'est celle de décalage  entre Marianne et son milieu.  

La femme de

Le film nous  laisse deviner   son désarroi quand elle doit faire face aux décisions péremptoires de son mari   ou lorsqu'elle doit affronter l'insidieuse remise en question de ses principes par ses enfants eux-mêmes.  « Je suis morte dès que tu es née », dit-elle à sa fille déchirée  dans un des rares dialogues où elle exprime spontanément ses sentiments.     Dans une intéressante progression cinématographique, les nombreux personnages de cette saga familiale   apparaissent, souvent à travers  de gros plans  de visages laissant deviner les caractères de chacun :  le père dominateur, le grand père bougon, la fille névrosée, le beau-frère hésitant... 

La femme de

Subtilement  Roux  met en exergue la désapprobation  de Marianne avec ce microcosme oppressant, sentiment  exprimé avec force par le jeu de l'actrice    Mélanie Thierry. Avec La femme de le réalisateur nous oriente vers un cinéma  populaire et critique  de qualité qui n'est pas sans évoquer  le climat irrévencieux d'un Chabrol.  Il inscrit aussi son film dans une histoire et un décor qui peut  rappeler l'atmosphère entre chien et loup des romans de François Mauriac ou ceux de Sébastien Japrisot.  Avec La femme de David Roux  dénonce subtilement  l'aspect aliénant et injuste que peuvent revêtir   les rapports humains. 

durée : 1 h 33

La femme de, un film de David Roux, drame, France, 2025

Avec Mélanie Thierry, Éric Caravaca, Arnaud Valois, Jérôme Deschamps, Jérémie Renier, Sarah Le Picard, Jeanne Rosa, Alexandra Stewart


(sortie nationale le  8 avril)


La femme de





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