Dans La femme de David Roux brosse un portrait incisif et touchant du désarroi conjugal. Inscrivant son film dans un certain raffinement pictural, il questionne les rapports de domination chez le couple et dans la famille.
Inspiré par le roman d'Hélène Lenoir Son nom d'avant, ce second long-métrage du cinéaste nous plonge dans une famille de la bourgeoisie industrielle catholique de province. Marianne, le personnage principal à l'approche de la quarantaine, s'ennuie dans sa vie, coincé entre des obligations familiales, un mari autoritaire (André) et un discret adultère avec Bob son beau-frère.
La rencontre d'un photographe, qu'elle avait connu vingt ans auparavant, va bouleverser cette routine. Avec La femme de David Roux s'inscrit dans un cinéma à la fois intimiste et social. Comme Claude Chabrol dans La Femme infidèle (1969) le réalisateur parait fasciné par les codes implicites de vie dans les familles de la haute bourgeoisie et surtout par les conséquences psychologiques qu'elles peuvent entraîner sur la vie privée.
La femme de
Interprétée par Mélanie Thierry, Marianne semble enfermée dans un carcan patriarcal qui l'étouffe. C'est un personnage féminin que l'on peut supposer craintif, qui contraste par exemple avec celui d'Une femme heureuse (2018) de Dominic Savage, qui étouffant dans une vie en apparence confortable faisait le choix provisoire de plaquer mari et enfants. Marianne provient d'un milieu plus modeste que la famille Casella. Et la belle villa, qui sert de décor naturel au film, évoque plutôt l'idée d'une serre dont il est difficile de s'échapper.
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Subtilement, le long métrage nous suggère le décalage existant non seulement entre Marianne et Antoine mais entre elle, ses enfants et sa belle-famille. Quant à la relation qu'elle entretient dans la maison même avec son amant/beau-frère, elle nous est évoquée sous les couleurs d'un certaine routine. Fidèle à l'idée du roman de Lenoir, le cinéaste ne fait pas de Marianne un personnage d'emblée sympathique. Il n'en fait pas non plus un archétype du bovarysme. L'idée qui domine peut être le plus dans La femme de c'est celle de décalage entre Marianne et son milieu.
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Le film nous laisse deviner son désarroi quand elle doit faire face aux décisions péremptoires de son mari ou lorsqu'elle doit affronter l'insidieuse remise en question de ses principes par ses enfants eux-mêmes. « Je suis morte dès que tu es née », dit-elle à sa fille déchirée dans un des rares dialogues où elle exprime spontanément ses sentiments. Dans une intéressante progression cinématographique, les nombreux personnages de cette saga familiale apparaissent, souvent à travers de gros plans de visages laissant deviner les caractères de chacun : le père dominateur, le grand père bougon, la fille névrosée, le beau-frère hésitant...
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Subtilement Roux met en exergue la désapprobation de Marianne avec ce microcosme oppressant, sentiment exprimé avec force par le jeu de l'actrice Mélanie Thierry. Avec La femme de le réalisateur nous oriente vers un cinéma populaire et critique de qualité qui n'est pas sans évoquer le climat irrévencieux d'un Chabrol. Il inscrit aussi son film dans une histoire et un décor qui peut rappeler l'atmosphère entre chien et loup des romans de François Mauriac ou ceux de Sébastien Japrisot. Avec La femme de David Roux dénonce subtilement l'aspect aliénant et injuste que peuvent revêtir les rapports humains.
durée : 1 h 33
(sortie nationale le 8 avril)
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