lundi 9 février 2026

Itinéraires d'un antifasciste Carlo Rosselli dans le Paris des années 1930


[p. 5 du livre] : Portrait de Carlo Rosselli, vers 1935. Fondazione Rosselli, Turin.

Intitulée Itinéraires d'un antifasciste Carlo Rosselli dans le Paris des années 1930 cette intéressante monographie a pour ambition de retracer les huit dernières années de la vie de l'homme politique et journaliste  assassiné en 1937 par des membres de la Cagoule, pour le compte des services spéciaux mussoliniens. A travers ce livre l'historien Diego Dilettoso brosse un portrait très vivant de cet intellectuel et activiste antifasciste de premier plan  durant l'entre deux-guerres.  Il nous propose aussi une précieuse description  de cette communauté italienne en exil avec ses cercles politiques et culturels, s'inscrivant dans le paysage urbain du Paris des années 30. Dès le début des années 1920 la France fut une base de repli pour l'antifascisme italien. 

[p. 63] : Carlo Rosselli en promenade dans le bois de Boulogne avec son fils John, vers 1930. FRT.

Entre août 1929 - peu après son évasion de l'île de Lipari  pour la Tunisie où  il rejoint la France avec d'autres antifascistes [Emilio Lussu et Francesco Fausto Nitti]  - et juin 1937 Carlo Rosselli passa  la plupart de son temps d'exil à Paris.  A travers son parcours de militant, de journaliste et d'historien  l'auteur nous brosse le portrait d'un homme farouchement attaché  à la démocratie et au principe de liberté, proche à la fois de sa famille socialiste d’origine et hostile aux dogmes trop appuyés des communistes bolchévisés.  Rosselli s’est distingué très tôt par la compréhension de la nature et de la dangerosité du fascisme. En outre, se situant au coeur des débats des années 1930 sur la « crise du marxisme », il a prôné un « nouveau socialisme » qui associe le combat pour les libertés et l'exigence de justice sociale. 

[p. 68]  La place de La Sorbonne, début XXe siècle
ADP, cote 8Fi A06 P081 D.

Pour aborder les « années parisiennes », dernière période de la vie  de Rosselli l'auteur  a privilégié une approche géoculturelle, montrant  les liens étroits qu'il pouvait entretenir tout autant avec ses camarades antifascistes qu'avec des intellectuels français ou même des artistes. Ainsi l'auteur note : « Par le biais de leur amitié avec les Halévy, les Rosselli fréquentaient également les Noufflard - les peintres André et Berthe, ainsi que leurs filles Henriette et Geneviève -, qui habitaient un imposant  hôtel particulier [...]  » (page 100).  Il en résulte une évocation très vivante de ces lieux de rencontre et de convivialité et des gens qui y habitaient. (L'on trouve dans l'Appendice la liste des habitations privées et demeures temporaires de Rosselli et d'autres antifascistes italiens.)

[p. 78] : La dernière partie de la cérémonie funéraire au cimetière du Père-Lachaise, peu avant l’inhumation. Istoreto, album photographique réalisé par Chiara Colombini, 
cotes C00/00364/11/00/00001/000/0005, 0023 et 0034.

Egalement, 80 illustrations viennent compléter cet itinéraire à la fois historique, géographique et amical à travers des photos de rues, de militants, d'intellectuels ou de membres de la famille Rosselli. Pour cette étude approfondie   l'historien  s'est appuyé sur des sources variées comme la presse de l'époque,   les témoignages de ses camarades de lutte et  la correspondance familiale de Rosselli.  L'on trouvera  aussi dans Itinéraires d'un antifasciste des extraits de rapports confidentiels d'informateurs de la police politique fasciste, qui donnent un éclairage  à son tragique assassinat.   Dans son livre Dilettoso brosse un portrait à la fois flatteur et nuancé   du  fondateur du mouvement « Giustizia e Libertà ». A la fois intellectuel et  politique, son parcours parisien n'est pas linéaire. 

[p. 113] : Carlo Rosselli portant la tenue de milicien pendant la guerre d’Espagne, août 1936. BNCF, fonds Pannunzio, section 70/o.

Il risque plusieurs fois d'être  expulsé et sa position privilégiée dans la haute bourgeoisie fait l'objet de raillerie notamment de la part de la propagande mussolinienne. Par ailleurs, il fréquente avec peu d'assiduité les  « lieux publics » de l'antifascisme unitaire. Dilettoso note :    « Pour Rosselli, fréquenter trop assidûment les lieux officiels du fuoriuscitisme  serait revenu à ''s'accommoder"" de la vie d'émigré politique, ce qu'il critiquait  dans ses articles et ses discours publics. » (page 110).,Homme d'action  [en 1936, il s'engage immédiatement au sein des forces républicaines dans la guerre civile espagnole], homme de pensée ayant baigné très jeune dans un environnement culturel francophile, Carlo Rosselli se profile dans ce livre comme un homme, un politique non dénué d'aspérités mais aussi  comme un vrai humaniste de ceux de la trempe de Jean Zay  qui avaient pressenti bien avant les autres  la barbarie de leur époque !  
Au passage l'on signalera  que le célèbre écrivain Albert Moravia était cousin de Carlo et Nello Rosselli et qu'il s'inspira de l'histoire réelle de leur assassinat pour son roman Le Conformiste (1951).
Cf interview de René de Ceccaty dans Le Mague à propos de sa biographie Alberto Moravia,  éditions Flammarion, collection « Grandes Biographies », 678 pages, 2010

Diego Dilettoso, Itinéraires d'un antifasciste. Carlo Rosselli dans le Paris des années 1930, broché, grand format, Histoire/Monographie, éditions Rue d'Ulm, collection « ITALICA »,  248 pages dont 80 illustrations N & B, 2026

Préface d'Eric Vial 

* photos et légendes in Itinéraires d'un antifasciste Carlo Rosselli dans le Paris des années 1930

A signaler :

Rencontre autour du livre  le 15 mars à 17 h
Aux Garibaldiens, siège de l'ANPI, 20 rue des Vinaigriers (10e)


A lire :

Louis-Dominique EloyAlain Besançon Historien et moraliste, éditions de L'Harmattan, collection   «Historiques», 294 pages, 2023























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