A La Manufacture des Abbesses (Paris 18e) l'on peut revoir
Comme un papillon de et mis en scène par
Emilie Nicolle. Cet ambitieux spectacle est un hommage de l'autrice à son ami
Robin, un danseur exceptionnel. On peut aussi le considérer comme une métaphore de la vie avec son cortège de joies, de souffrances et d'expérimentations. La pièce prend le parti audacieux d'explorer le mal-être d'un jeune homme (
Robin), atteint de trouble de la personnalité, dans son rapport avec les autres et son corps.
Outre
Robin, les 9 autres personnages de
Comme un papillon constituent la toile de fond du spectacle, se déplaçant dans un captivant ballet entrecoupé de courts dialogues, allant se frotter mentalement et physiquement à l'énigme même que représente
Robin.
Comme un papillon
© Hugonnard Manon
Avec beaucoup d'authenticité Pablo Bruneau incarne le personnage tourmenté de Robin, victime d'un mal indéfinissable, mais que l'on devine rongé par des pensées obsessionnelles et destructives. L'on ne peut s'empêcher de penser au personnage de la nouvelle le Horla de Guy de Maupassant, glissant progressivement dans la folie, submergé à la fois par une souffrance morale et le sentiment de dépossession physique. Pour raconter l’histoire de Robin, ce jeune homme atteint de maladie mentale, Emilie Nicolle a mixé théâtre, danse et musique dans une formule originale. Dans Comme un papillon il y a une progression narrative intéressante et une succession de différents personnages qui interpelle le spectateur.
Comme un papillon
© Hugonnard Manon
D'abord il y a le groupe d'élèves, qui partage la même passion collective pour la danse que
Robin avec un membre périphérique,
la prof de danse, personnage cocasse et perfectionniste introduisant dans la pièce une amusante réflexion sur la grandeur et les servitudes qu'occasionne l'expression la plus populaire de l'art vivant. Véritable colonne vertébrale de la pièce, l'interaction entre
Robin et le groupe d'adolescents, partageant les mêmes cours, nous est décrite à travers une alternance de dialogues et de moments de danse. Qu''elle soit chorale ou en duo, l'expression chorégraphique dans
Comme un papillon dégage une puissance, un certain mystère.
Comme un papillon
© Hugonnard Manon
Elle nous rapproche au plus près des personnages, de cette bande d'amis semblant former une sorte de garde rapprochée et protectrice autour de Robin. C'est à la fois poétique, inquiétant et fusionnel comme dans le bon vieux théâtre nô où chaque geste, chaque mouvement de la tête surprend et fascine, distribuant à volonté une gamme d'émotions et de sentiments des plus variés. Très ouvert, ce jeu chorégraphique se déroule sur une scène sans décor (comme dans le théâtre nô!). Les comédiens/danseurs se révèlent très performants dans ce jeu labyrinthique entre eux et Robin, dans ce flirt dangereux entre forces de vie et de mort.
Comme un papillon
© Hugonnard Manon
Ensuite, il y a les autres membres périphériques :
le père et
la mère, déboussolés par l' étrange comportement de leur fils ; le
psychiatre, ayant proposé une aide médicamenteuse. Au cours du spectacle ces personnages nous apparaissent de manière furtive sur la scène dans une intéressante progression de sentiments, allant de la tendresse à l'incrédulité, en passant par le désespoir. Quoique partageant un même cheminement d'empathie pour
Robin ils peuvent nous paraître relativement éloignés du premier groupe, celui qui danse, et qui donc peut nous sembler plus proche de
Robin, car partageant les souffrances et les joies du fragile adolescent.
Comme un papillon
© Hugonnard Manon
Avec délicatesse et dans un climat de violence psychologique latente Comme un papillon explore toutes les circonvolutions d'une relation peu banale entre une bande d'amis et l'un deux « pas tout à fait comme les autres ». Face à cet Autre, à ce « hors là », le spectacle nous suggère chez le groupe d'élèves le sentiment ambivalent de compassion, de crainte, d'amitié et de distanciation. Egalement, il nous interroge sur le mystère originel, celui du comportement autodestructif de Robin. Il résulte de tout cela un spectacle troublant et poétique, proposant au spectateur un véritable voyage au coeur de l'âme humaine !
durée : 1 h 15
Reprise
Comme un papillon
Texte et mise en scène : Emilie Nicolle
Avec
Clément Barbertéguy, Clémentine Chardonnet, Dorianne Koyalisse, Eliott Giraud, Marie Bucas-Français, Marielle Moussaron, Nicolas Chailley, Oréade Gagneux Lagrèze ou Iris Kress, Quentin Skrabo, Violette Berizzi
A lire :
Ça tourne pas rond, de Cathy Hérouard et Mélissa Martinez
La Parole des vents de Amel Kaies
Alma, de Marie Dubois Poulain
Marion 13 ans, pour toujours, de Nora Fraisse
Merci pour cette très belle analyse
RépondreSupprimerJe suis allée voir ce spectacle semaine dernière. Une pièce prenante, portée par des artistes magnifiques qui nous emportent dans l'histoire. On s'attache immédiatement aux personnages, tant ils sont bien interprétés. Les textes sont puissants et mis en valeur par de superbes chorégraphies. C'est un spectacle complet, qui fait réfléchir tout en nous offrant des moments de rire. Un vrai coup de coeur, à voir et à revoir sans hésiter !
RépondreSupprimerTout est très bien dit, spectacle émouvant que lon ne peut que conseiller !!
RépondreSupprimerJ’ai vu cette pièce et je partage votre avis, merci pour cette belle analyse. J’ajouterai un petit mot pour honorer le travail de Sarah Pugin (collaboration artistique et chorégraphique) ainsi que les artistes son /musique (distribution complète sur le site du théâtre : https://theatrelafleche.fr/la-saison/comme-un-papillon/) et préciser qu’il s’agit d’un psychiatre et non d’un psychologue (qui ne sont pas habilités à prescrire).
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