lundi 7 mars 2022

The Zealot Gene, le nouvel opus de Jethro Tull



Avec The Zealot Gene, Ian Anderson, chanteur-flûtiste et leader de Jethro Tull, signe un disque ambitieux et métaphysique aux saveurs folk. Jethro Tull n'avait pas sorti d'album studio depuis... 2003! Pour ce grand retour discographique, retardé par la pandémie, le groupe anglais de rock progressif nous propose en ce début d'année un opus consistant et varié à la forme conceptuelle, enrichi de 12 titres. Inspiré par les textes bibliques, Ian Anderson confiait récemment ceci à propos de l'orientation conceptuelle de son nouveau disque : « Bien que j’aie un certain penchant pour le faste et les contes de fées du Livre saint, je ressens toujours le besoin de remettre en question le texte et d’en tirer des parallèles parfois impies. Le bon, le mauvais et le franchement laid se manifestent tout au long de l’album, mais sont ponctués d’éléments d’amour, de respect et de tendresse ». 

Jethro Tull

Pour The Zealot Gene le leader du Tull a privilégié judicieusement les formats courts, délaissant les longues fresques progressives comme Thick as a Brick (1972) ou A Passion Play (1973) qui ont fait sa réputation mondiale. Par ses racines musicales traditionnelles comme le folk ou la musique celtique, The Zealot Gene se rapproche plutôt d'un disque comme Songs from the Wood (1977). L'on retrouve dans ce nouvel opus toute la saveur mélodique du Tull avec le caractéristique jeu de flûte d'Anderson et son chant accrocheur. Avec sa texture folk « Sad City Sisters » se profile un titre à la fois puissant et simple.


Porté par un accordéon nostalgique et des envolées de flûte le morceau rappelle le climat aventureux de l'excellent Serenade (2006) de l'Irlandais Mick Mcauley, ex-Solas. L'on signalera aussi le titre éponyme « The Zealot Gene », mêlant astucieusement climats folk et symphonique. Quant à « Mrs Tibbets », c'est une chanson alerte avec un crescendo enjoué batterie/flûte/claviers dans lequel le timbre d'Anderson rappelle un peu celui de Bryan Ferry sur les premiers Roxy Music. « Shoshana Sleeping » figure parmi les chansons les plus intéressantes de The Zealot Gene. Le timbre soutenu de conteur d'Anderson, la délicatesse instrumentale des flûtes et percussions, la rythmologie reptilienne, tout contribue à donner à ce titre orienté vers le rock progressif et la musique classique son étrange puissance.


Autre chanson curieuse, mais ici par sa construction musicale : « Mine is the mountain ». C'est un titre orienté vers l'art rock, avec des accents glam, cabaret et classique. Par ses aventureuses escalades vocales, il rappelle à la fois Klaus Nomi et le Peter Hammill de la période Van der Graaf Generator. Quant à « Jacob's tales», il lorgne vers des rivages folk rock avec un entêtant crescendo harmonica/guitare acoustique, très roots. L'on peut entendre sur « Barren Beth, wild desert john » de somptueuses envolées de flûte dans le même style que sur « Shoshana Sleeping ». Mais ici le morceau oscille entre musique médiévale et hard rock mélodique bien trempé style Deep Purple/Ritchie Blackmore. 


Quant à « The betrayal of Joshua Kynde » c'est est un titre oscillant entre raffinement prog jazz et heavy rock. Enfin, « Three loves, three » et « The fisherman of Ephesus » rappellent un peu le prog folk seventies  des Anglais The Strawbs. Au final avec The Zealot Gene Ian Anderson nous propose un disque accrocheur, à la fois tonique et habité. Avec ce projet longuement mûri, le leader du Tull nous propose un retour musical aventureux, marqué à la fois par une belle énergie « roots », par une science des arrangements « très prog »   et par un questionnement philosophique. 

The Zealot Gene, Jethro Tull, Sony Music / Inside Out music, 2022





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