lundi 28 octobre 2019

En ce temps-là, l'amour...



Au Théâtre des Mathurins, dans une mise en scène de Christophe Gand, l'on peut découvrir En ce temps-là, l’amour..., un spectacle rare et perturbant. Interprété avec beaucoup de finesse par David Brécourt  il a comme  comme toile de fond l’horreur des wagons de la mort et la nécessité de  la transmission.

Que ce soit sous la forme du livre, du cinéma  ou du théâtre la Shoah n’en finit pas de hanter nos consciences et de nous questionner sur le poids historique et  la cruauté de l’idéologie nazie. A l’heure des ronronnement négationnistes et des réseaux sociaux approximatifs ou bidons il semble toujours bon et nécessaire de rappeler que le génocide juif, par son ampleur et son effroyable préparation (la Solution finale) [et sans exclure aucunement les autres génocides de l’Histoire]   constitue un symbole humain et historique universel ayant valeur d’exemple, même plus de 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et son lot de convulsions et d’absurdités.

© Yoann Yergec - En ce temps-là, l'amour... - Théâtre des Mathurins

Pièce de Gilles Ségal (1929-2014), auteur français d'origine juive roumaine,  En ce temps-là, l'amour...  - paru en 2001 aux éditions Lansman - est un récit à la fois touchant et drôle où s’entremêlent amour filial et  désir d'immortalité de la mémoire au seuil de la mort. Construite de façon originale la pièce est séquencée en 7 chapitres pour les 7 jours du trajet d’un wagon de la mort, qui conduit un père et son fils à Auschwitz. Seul sur scène et en une subtile progression David Brécourt nous conduit dans un univers narratif à plusieurs voix. Nous entendons à la fois  l’émouvant et curieux dialogue d'un père et d'un fils  dans le wagon qui les conduit à la mort et le témoignage postérieur d’un rescapé qui relate, bouleversé, tout ce qu’il a vu et entendu lors de ce trajet mortifère.

© Yoann Yergec - En ce temps-là, l'amour... - Théâtre des Mathurins

(Devenu maintenant grand père cet homme a enregistré, sur  bandes magnétiques, pour son fils ces bribes de conversation.) Sans recourir au pathos et jouant sur des registres variés (humour, poésie, réalisme, questionnement philosophique) Brécourt interprète ce père atypique et plein de bonhommie, s’entêtant de faire la classe à son fils  comme si rien n’était, parlant aussi bien d’hygiène, de Dieu, de Mozart, de Spinoza, de géographie que d’amour. La puissance tragi-comique du spectacle  repose en grande partie sur ce décalage permanent entre l’attitude  de ce père envers son fils, évoluant au fil des jours  entre pédagogue, clown et comédien, et celle prostrée et fataliste des autres personnages du wagon, que nous décrit aussi le témoin rescapé.

© Yoann Yergec - En ce temps-là, l'amour... - Théâtre des Mathurins

L'urgence de la transmission de la mémoire nous est  suggérée finement par un décor crépusculaire peuplé de pendules, nous rappelant en permanence que les heures sont comptées pour tout le monde. Dans cette passionnante progression dramatique, parcourue par la politesse de l’humour,  Brécourt nous convie à un passionnant voyage dans le monde de l’esprit et dans celui de ses inépuisables torrents d’énergie. Il nous montre  à la fois la force et le vertige que sous-tend  l’iconoclaste enseignement du père ainsi que son incroyable amour (jusqu'à la mort) pour son gamin de 12 ans. Propulsé par un comédien complètement investi au service d’un grand texte humaniste et original  En ce temps-là, l’amour... est un spectacle au fort climat que l'on ne peut que recommander !

durée : 1 h 15

En ce temps-là, l'amour..., une pièce de Gilles Ségal
Mise en scène : Christophe Gand
Avec David Brécourt

Théâtre des Mathurins (petite salle)
36, rue des Mathurins
Paris 8e
horaires : du mercredi au samedi à 21 h, le dimanche à 16 h










































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