lundi 19 février 2018

Expo Georges-Henri Pingusson - Une voix singulière du mouvement moderne


Fonds Pingusson, Georges-Henri (1894-1978)
1930-1932. Hôtel Latitude 43, Saint-Tropez (Var) : vue aérienne, n.d. (éditions Aériennes "CIM", Combier; cliché Ray-Delvert).

Rassemblant une importante somme de documents graphiques, la Cité de l’architecture et du patrimoine met à l’honneur Georges-Henri Pingusson (1894-1978), figure singulière et attachante du mouvement moderne.

Curieusement de tous les architectes phares du mouvement moderne des années 30, qui comptaient entre autres Mallet Stevens, Le Corbusier et Lurçat, Pingusson est un des plus méconnus. Pourtant, sa carrière architecturale s’étala sur près d'un demi-siècle et ses conceptions avant-gardistes influencèrent son époque, tant par la diversité de son œuvre que par un style très personnel. Judicieusement sous-titrée « Une voie singulière du mouvement moderne », cette première rétrospective consacrée à ce Clermontois d'origine nous présente chronologiquement sa vaste création.

Fonds Pingusson, Georges-Henri (1894-1978)
1926-1928. Villa Bourboulon, lieu-dit de Costebelle, Hyères (Var) (avec Paul Furiet, arch.) : vue ext., n.d. (cliché anonyme). 

De ses édifices de loisirs flirtant bon avec l’art déco de l’époque et des coquettes villas de caractère régionaliste sur la Côte d’Azur et la côte basque (1925-28) jusqu’à son œuvre la plus emblématique, le Mémorial des martyrs de la déportation à Paris (1953-1961), c’est aussi à toute une histoire de tendances et de styles que nous convie cette expo synthétique. L’hôtel Latitude 43 (1932) est une autre réalisation majeure de Pingusson. Son élégante et sobre façade - une longue barre de béton blanc défilant l’horizon comme une couleuvre ! - laisse deviner le goût de l'homme pour une architecture fonctionnelle dénuée de tout ornement mais aussi son obsession pour des jeux de lumière et d’éclairage. [Pingusson fut fortement marqué par certaines réalisations du finlandais Alvar Aalto.] L’hôtel Latitude 43 abritait alors 110 chambres, un restaurant de 300 places, des équipements sportifs, un casino… 

Fonds Pingusson, Georges-Henri (1894-1978)
1934-1936. Immeuble Ternisien, rue Denfert-Rochereau, Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) : vue générale de l'immeuble, n.d. (cliché anonyme). 

Quelques années après, il réalisa le Ternisien, iconique immeuble collectif de quatre étages surmonté d’un toit-terrasse qui rappelle les formes d’un paquebot. (Il a été construit sur l’emplacement d’une villa dessinée par Le Corbusier dont il ne reste aujourd’hui que la pointe du rez-de-chaussée.) Egalement enseignant et urbaniste, cet autodidacte créa bon nombre de meubles et d'accessoires, dont certains sont présentés dans le cadre de la rétrospective. Pingusson intervient souvent sur plusieurs fronts de création, comme au théâtre des Menus Plaisirs (1929-30) dans le 9e arrondissement de Paris. Cette autre réalisation emblématique souligne à la fois sa méticulosité et son esthétique, à la fois raffinée et sobre. Il y dessine tout : mobilier, décor extérieur et intérieur (notamment la fresque du bar). 

Fonds Pingusson, Georges-Henri (1894-1978)
1929-1930. Théâtre des Menus-Plaisirs (aujourd'hui Comédie de Paris), rue Fontaine, Paris 9e : pers. du bar du foyer [1929-1930] 

Après guerre, ce fervent catholique construisit entre autres quatre églises en Lorraine (1954-1962), donnant à l’architecture religieuse une impulsion radicalement nouvelle. Inspiré par la conception du temple circulaire, Pingusson privilégiera l’idée d’autel au milieu, ce qui bousculera un peu ses contemporains. Egalement, on signalera après-guerre d’autres travaux importants de lui comme l’ambassade de France à Sarrebruck (Allemagne), le groupe scolaire Briey (Meurthe-et-Moselle) ou la reconstruction du vialle de Grillon (Vaucluse). Quant à l'imposant et solennel Mémorial des martyrs de la déportation à Paris, il symbolise les recherches spatiales de Pingusson, qu'il expérimenta entre autres dans l'architecture religieuse.

Fonds Pingusson, Georges-Henri (1894-1978)
1958-1969. Complexe culturel, Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) (avec Olivier Dugas, arch.) : vue de la façade sur la rue de la Belle-Feuille, n.d. (cliché anonyme). 

Voici par exemple une analyse du Mémorial par le Groupe de Réflexion et Production, spécialisé en architecture : 
L’absence de figuration et le choix d’un dispositif spatial abstrait qui assume toute la charge sémantique du monument en fait une œuvre « sobre, dépouillée de toute grandiloquence », qui échappe à la typologie traditionnelle du monument commémoratif. Réalisation pionnière, le Mémorial anticipe certaines créations contemporaines comme le Monument à la Shoah d’Eisenman (Berlin, 2005) ou encore le Mémorial à l’abolition de l’esclavage de Wodiczko (Nantes, achèvement prévu en en 2009) qui exploitent à leur tour l’idée du parcours méditatif au coeur d’une structure architectonique. Pingusson, enfin, a su inventer un type de monument négatif, qui entre singulièrement en résonance avec les œuvres plus récentes d’un Jochen Gerz (2167 pierres, un monument contre le racisme, 1990-1993, Sarrebrück) ou de Rachel Whiteread (Mémorial de l’Holocauste, Vienne, 2000).

Fonds Pingusson, Georges-Henri (1894-1978)
1954-1962. Mémorial des Martyrs de la Déportation, Paris 4e : vue extérieure, n.d. (cliché anonyme).

Expo Georges-Henri Pingusson - Une voix singulière du mouvement moderne
Cité de l'architecture et du patrimoine
45, avenue du président Wilson
Paris 16e
horaires : ouvert tous les jours, de 11 h à 19 h, nocturne le jeudi jusqu'à 21 h

jusqu'au 2 juillet 2018

Fonds Pingusson, Georges-Henri (1894-1978)
Documents biographiques, 1900-1978 : Georges-Henri Pingusson sur un voilier, n.d. (cliché anonyme).

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