lundi 18 septembre 2017

Native Invader, le nouvel opus de Tori Amos




Trois ans après Unrepentant Geraldines, Tori Amos sort Native Invader, un opus dans lequel l’on retrouve tout le charme et la créativité des meilleures compositions de la chanteuse américaine d’origine irlando-cherokee.


Dans ce 15e CD Tori Amos nous propose 13 titres diversifiés aux arrangements délicats et aux thèmes variés. « Up The Creek » fait allusion à la politique de Trump sur le climat ; « Benjamin » jette un regard ironique et cru sur la transmission de l’information. En fait, l’on repère pas mal de thèmes déjà présents dans sa longue discographie comme la toute-puissance de la nature, les relations humaines douloureuses, le temps qui passe ou les cycles naturels.


Cette poésie quelque peu dépressive semble caractériser l’univers intime de l’auteure-compositrice depuis ses débuts. Egalement, au fil des années et face à la cacophonie ambiante ses textes paraissent de plus en plus critiques vis-à-vis des institutions américaines. Les chansons d’Amos - souvent des ballades - se profilent intemporelles, hors mièvrerie, portées à la fois par un sens délicat de l'onirisme et une énergie rare, animale, paradoxalement très maîtrisée. Native Invader compte pas mal de ballades. On signalera parmi les plus abouties « Reindeer King », Climb » et « Mary’s Eyes ». « Wildwood » lorgne plutôt en terre psychédélique. « Wings » est orienté trip-hop. Morceau orchestré, l’exotique « Up The Creek », est parsemé de violons et de boîtes à rythmes.


Amos y chante en compagnie de sa fille Tash. On pourra regretter quelques titres sur le CD. Sans être désagréables « Broken Arrow », « Cloud Riders » ou « Bang » paraissent un peu lisses, nous proposant un classic rock plutôt prévisible. Mis à part cette petite réserve, l’opus compte de bien belles surprises. Avec sa voix cristalline, son jeu pianistique et ses mélodies sensuelles, poétiques et acidulées, Amos n’a rien perdu de son feeling et de sa capacité innée à mettre en scène son propre univers musical. (Les photos du CD confirment la permanence et le goût d’une certaine théâtralité dans son univers artistique.) Propulsé par des sonorités électro et des percussions légères, « Wings » est un titre lunaire et rythmé, calqué sur un chant méditatif.


La tonalité variée du timbre de voix d’Amos s’illustre particulièrement dans l’excellent « Benjamin ». Propulsé par un séduisant crescendo piano/guitare/percussions, ce titre évolue entre jazz space et ballade art rock. « Wildwood » est un titre majeur de l’opus. Porté par de légères percussions, des claviers aériens et une forte présence vocale, c’est un morceau un peu floydien et new wave dans le style The Cure. « Chocolate » se profile un titre agréable et tonique avec de claires envolées de claviers et de mélodiques parties de guitares hispanisantes. « Climb » et Mary’s Eyes sont peut être les titres les plus intimes de l’opus.


Porté par la toute-puissance pianistique, des chœurs évanescents et un timbre de voix un peu folkeux, « Climb » évoque sainte Véronique, la femme qui aurait bravé la foule hostile pour essuyer le visage du Christ pendant sa Passion, recueillant ainsi sur son linge la Sainte Face. Chanson mélancolique sur fond de piano et de violon, « Mary’s Eyes » clôt l’album. Amos y évoque la perte de parole de sa mère [décédée en 2016]. Par son aspect cyclique et ses interrogations douloureuses, la chanson rappelle le délicat « Breathe » de Kate Bush. Egalement, on signalera le superbe « Bats », propulsé par un chant limpide et des sonorités de guitare et piano style canterbury. A 54 ans et 30 ans après ses débuts, Tori Amos nous propose là un grand cru musical, varié et diablement créatif !

Native Invader, Tori Amos, Decca Universal, USA, 2017










































































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