lundi 14 décembre 2015

Quand les artistes s’emparent des marques




L’histoire qui relie l’univers de l’art et celui des marques est peuplée d’anecdotes. Illustré par 35 œuvres caractéristiques, l’ouvrage Quand les artistes s’emparent des marques nous rappelle cette curieuse rencontre esthétique à travers divers genres comme le cinéma, la peinture, le street-art ou la bande dessinée.

D’emblée, l’histoire des rapports entre le monde de l’art et les marques se profile sous le signe de l’ambivalence. A la fois objet de fascination et de répulsion, la marque - symbole de l’univers économique et publicitaire - a toujours frappé l’imagination des artistes. Et sans doute, en revoyant certaines œuvres cultes comme la Campbell’s Soup Can (Tomato) d’Andy Warhol [page 146] bien malin serait celui qui devant une telle peinture pourrait affirmer catégoriquement que le pape du pop art nous propose une critique de la société de consommation ou a contrario son apologie hédoniste.

Waiting For Him © Mathilde Troussard (Modèle : Aurélia Bonta)

En fait, sous des dehors un peu racoleurs, la marque s’est toujours révélée un puissant vecteur émotionnel de communication. Richement illustré et agréable à feuilleter, ce livre collectif nous propose donc un voyage, du XIXe siècle à aujourd’hui, à travers les créatifs et les marques. Celle-ci inspira Paul Cézanne, notamment à travers le Portrait [de son] père en train de lire « L’Evénement » (1866). Robert Delaunay exprima son attirance pour l’industrie aéronautique à travers la marque Astra visible dans L’Equipe de Cardiff [tableau de 1913 exposé au Musée d’art moderne de la ville de Paris]. Quant aux 150 marques réelles ou fictives répertoriées dans les albums de Tintin, elles reflètent le style de Hergé à  différentes périodes. 

Zevs, Visual Attack, Eau de Rochas, Paris, 2001

L’autre grand intérêt du livre est de proposer des pistes pour tenter de cerner les oeuvres d’ artistes qui sous la forme de logos, d’emballages, de produits… réinterprètent chacun à leur façon la mythologie des marques. Ainsi la création de Speedy Graphito est marquée par le détournement ludique ; celle d’Alain Bublex, par la question de la vitesse ; celle de l’artiste du street-art Erik Ze King (EZK), par le goût de l’énonciation sémantique. Quelque part entre foutage de gueule et foudroyante intuition créative, les artistes s’emparent des marques nous questionnant sans fin sur la marque mais aussi ses codes et modes de scénarisation. 

Louis XIV © Bernard Pras, 2003

Ainsi, mélangeant dans ses œuvres objets de récupération et personnages iconiques (Zidane, Louis XIV ou Marilyn Monroe), Bernard Pras nous propose une amusante déambulation dans l’univers bariolé des marques. Finalement, par leur extrême simplification, ces dernières ne revêtent-elles pas un caractère  d’universalité factice ? Dans leur conclusion, les auteurs du livre notent judicieusement que « les marques permettent de mettre en vue des personnages dotés d’une personnalité claire et comprise par tous ».

Quand les artistes s’emparent des marques, ouvrage collectif coordonné par Géraldine Michel et Stéphane Borraz, éditions Dunod, 174 pages, 2015

Annick b. Cuadrado, Vache qui rit Flower (100x100 cm), 2012,
Acrylique sur plexiglas




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