lundi 2 janvier 2012

Viktor Orekhov, un dissident au KGB


Le parcours de Viktor Orekhov est vraiment atypique : unique officier du KGB à être passé de la répression des dissidents à l’adhésion à leur combat, il est finalement démasqué en août 1978, arrêté, puis condamné à 8 ans de réclusion à Morki, un camp, à l’ancienne, qui n’a rien à envier aux goulags de l’époque stalinienne.
Aux Etats-Unis, en juillet 2008,  Nicolas Jallot, auteur de Piégés par Staline (2003) et de Chevardnadzé, le Renard blanc du Caucase (2005), a retrouvé l’ex-capitaine du KGB Viktor Orekhov, un homme brisé et malade, désireux d’apporter enfin son témoignage en guise de testament. Le journaliste d’investigation a recueilli les confidences  de ce malheureux livreur de pizzas, vénéré en Russie par bon nombre d’anciens dissidents sous le mystérieux pseudo de Kletotchnikov. En outre, Jallot a rencontré de nombreuses victimes de l’ex-organisme de la police soviétique politique.
Viktor Orekhov, un dissident au KGB s’avère  un portrait cruel et sans concession du système totalitaire des trente dernières années de l’URSS et de la Russie d’aujourd’hui.

photo © Emmanuel Roy Nicolas Jallot et Viktor Orekhov

C’est  un saisissant  document historique sur le fonctionnement impitoyable  et ubuesque du KGB. Egalement, il nous permet de cerner ce Viktor Orekhov courageux et parfois imprudent,   à travers l’évocation sans fard de sa jeunesse, de son entrée précoce au KGB  et de ses doutes par rapport au système soviétique. A la suite d’un banal voyage au Japon, il décide de torpiller le système de l’intérieur. Dans l’ombre du KGB, il ne cessera de mener un combat solitaire afin de protéger les dissidents. Le KGB ne pardonnera jamais au capitaine Viktor Orekhov sa trahison. En 1995,  à la suite d’une manipulation du FSB, ex-KGB, Orekhov est de nouveau condamné aux travaux forcés. Peu après  sa libération, de retour à Moscou, il choisit l’exil aux Etats-Unis. Pendant près de dix ans, on perd sa trace. Devenu un mythe en Russie, certains le croient même mort. Au-delà de l’intérêt historique de ce document, Nicolas Jallot nous dresse l’énigmatique portrait intime et coloré d’un « juste », d’un homme simple qui se bat jusqu’au bout pour réaliser sur terre son idéal humain.

Nicolas Jallot, Viktor Orekhov, un dissident au KGB, éditions Stock, collection « Les documents Stock », 228 pages, 2011.


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