Au Théâtre de Belleville (Paris 11e) l'on peut découvrir Grand vide, de et mis en scène par Gary Guénaire. C'est un spectacle étonnant, une véritable tragédie burlesque, qui propose une réflexion aussi incisive que drôle sur l'univers télévisuel. Grand vide est l'histoire d'une jeune dealeuse (Eva) réquisitionnée par la directrice d’une grande chaîne de télévision qui se retrouve embarquée, le temps d’une journée, dans la folie d’un monde qu’elle convoite. Gary Guénaire inscrit pleinement son texte vitriolé dans un registre burlesque avec des personnages à la Jim Carrey. La mécanique théâtrale se profile parfaitement huilée. Et les doués comédiens se faufilent avec virtuosité dans ce jeu de poupées russes où les personnages obsédés par des jeux d'influence et de domination n'ont d'autres choix que d'être mal traités et d'humilier les autres.
Pour aborder le monde de la production de la télévision Grand vide privilégie l'arme du comique, serpentant entre thriller psychologique et théâtre de l'absurde avec un aspect boulevardier pour l'enchaînement des situations grotesques et imprévues. Dans une amusante progression narrative l'on suit une dealeuse (interprétée par Alexiane Torres) candide puis enhardie au fil de l'histoire, se retrouvant dans la réunion d'une grande chaîne de télévision qui dégénère. Dans la pièce ce personnage pivot est mis en interaction avec des comparses emblématiques (La Directrice, L'Artiste, Le Secrétaire) et d'autres secondaires comme L'Enfant et La Femme de ménage qui apportent une touche cocasse supplémentaire à l'ensemble par le regard distancié ou désapprobateur qu'ils peuvent porter sur ces éminentes personnalités borderline.
On l'aura vite compris : Grand vide par sa façon de décrire les rouages du divertissement de masse et de montrer la hiérarchie faussement débonnaire de ses dirigeants pose un regard virulent sur le monde feutré de la télévision, le délimitant à ses aspects les plus caricaturaux. C'est aussi une comédie bureaucratique, très physique, où les corps des personnages en raccord avec leurs mimiques expriment autant la joie (furtive) que la souffrance de leur position sociale à travers les moments dansés qui rythment le spectacle. A travers ses personnages phares Grand vide interroge autant le formatage des programmes télévisuels que l'impératif de rentabilité ou l'absurdité des rapports hiérarchiques et leur brutalité.
Grand vide - Théâtre de Belleville
Dans cet environnement conflictuel, souligné par un décor morne et lisse où les casiers peuvent évoquer les tiroirs d'une morgue, la poudre blanche apparaît non pas comme un élément accessoire mais comme participant entièrement au décor et à l'intrigue du spectacle.« Si aujourd'hui on retirait de l'antenne tous les animateurs télé qui prennent de la coke, il y aurait beaucoup de trous dans les grilles de programmes», notait déjà avec humour Laurent Fontaine, lui-même animateur et producteur de télévision. Avec une ironie mordante et un ton théâtral décalé Grand vide se fait l'écho de la folie du monde (télévisuel), débusquant ses impostures et les fragilités de ses manitous.
durée : 1 h 10
Grand vide
Grand vide
Texte et mise en scène : Gary Guénaire
Avec Gary Guénaire, Louise Massin, Mélanie Robert, Damien Sobieraff, Alexiane Torres
Avec Gary Guénaire, Louise Massin, Mélanie Robert, Damien Sobieraff, Alexiane Torres
Théâtre de Belleville
16 passage Piver
Paris 11e
horaires : lundi (21 h 15), mardi (19 h 15), dimanche (17 h 30)
jusqu'au 31 mai 2026
A lire :
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Pièce en plastique, de Marius Von Mayenburg
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