lundi 10 septembre 2012

King Crimson



King Crimson ? Depuis près de quatre décennies, le groupe anglais - et sa figure de proue Robert Fripp (claviers-guitares-électronique) - séduit internationalement par ses performances musicales. Pourtant, cette formation, dont son leader affirme qu’elle est davantage un état d’esprit qu’un groupe ou un style musical, reste méconnue sur le plan discographique.
Sans doute, la musique du Roi Pourpre peut déstabiliser :   climat harmonique très sombre, virtuosité déconcertante, perfectionnisme pas vraiment grand public. L’excellent ouvrage d’Aymeric Leroy, auteur de Rock progressif et Pink Floyd, plongée dans l’œuvre d’un groupe paradoxal, nous fait découvrir à travers 13 albums studio/étapes toute la saveur du King Crimson


In The Court Of The Crimson King (1969)

Larks' Tongues In Aspic (1973)

 « Quoi de commun entre le premier album du groupe, In The Court Of  The Crimson King (1969), et son dernier, The Power To Believe (2003) ? Pas grand-chose assurément », avertit d’emblée Aymeric Leroy. Au-delà de ses changements de styles et de musiciens, King Crimson intrigue par son approche musicale, que l’on pourrait classer en simplifiant entre rock, classique et jazz fusion. Tout le mérite du livre de Leroy est de faire ressortir l’aspect foncièrement contradictoire de Crimson, grand amateur de textes métaphysiques parfois redondants, reconnaissable par ses dissonances sonores,  géniales ou assommantes (!) et sa prédilection pour l’expression instrumentale. L’auteur de ce King Crimson explore donc, de façon exhaustive, les spasmes créatifs de ce groupe référentiel, plongeant dans les moindres recoins du grenier crimsonien, si riche en genres : chansons au format court, instrumentaux, pièces expérimentales, semi-improvisations, mélodies pop ou free jazz…

Adrian Belew

Robert Fripp

Tony Levin


King Crimson émerge à la fin des sixties -  son premier disque est souvent considéré par les spécialistes comme le premier disque de rock progressif ! En effet, l’époque est friande de pop symphonique, de rock électrique et d’expérimentations jazz. (Et il est intéressant de signaler que bon nombre de musiciens ayant intégré King Crimson - Ian Mc Donald, Greg Lake, Mel Collins, Adrian Belew, Tony Levin, John Wetton, Bill Bruford, Boz Burrel… -  rejoindront d’autres formations de premier plan comme Yes, ELP, Bad Company, Steely Dan, Frank Zappa, David Bowie, Peter Gabriel Band, Asia, UK ou Talking Heads.) Le climat musical saturnien de King Crimson, éloigné de l’humanisme naïf d’un Yes, des charmantes circonvolutions symphoniques d’un Genesis ou des lunatiques expérimentations pop  d’un ELP s’aligne plutôt du côté d’un Magma ou d’un Van Der Graaf Generator.  Le bassiste Tony Levin et le guitariste Adrian Belew contribueront à apporter un nouveau souffle au groupe. Les riffs primitivistes de Belew aux résonnances pop ainsi que de percutantes sonorités électroniques viennent se mêler astucieusement au jeu introspectif de Fripp. Egalement, Leroy se penche sur la riche carrière solo de Fripp.
Ouvrage très documenté, ce King Crimson donne envie de redécouvrir cette formation aux sonorités étranges, qui, bien au-delà du courant prog rock dont elle est issue,  constitue depuis près d’un demi-siècle une influence majeure chez bon nombre de musiciens.

Aymeric Leroy, King Crimson, éditions Le mot et le reste, 241 pages, 2012



2001

2003


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