Dans les Pyrénées françaises, la réintroduction d’ours dans une communauté pastorale ravive les tensions au sein d’un village de montagne. Dans Le Berger et les ours Max Keegan donne la parole à des gens du cru albigeois, montrant leur difficile cohabitation avec le plantigrade.
L’origine de la discorde est ancienne. Il y a trente ans des ours slovènes ont été introduits en Ariège. Si cette réintroduction animale avait pour objectif de sauver l’espèce animale elle n’a pas été bénéfique pour les agriculteurs, qui au quotidien doivent déplorer des attaques de brebis le plus souvent mortelles par des ours.
Le Berger et les ours
Sous les allures d'un conte moderne, le documentaire de Max Keegan nous fait découvrir le quotidien de Yves, berger vieillissant proche de la retraite et celui de Cyril, un adolescent fils d'agriculteur passionné par l'ours au point de passer une grande partie de son temps à l'étudier. Sans être un film militant, et encore moins un sur la chasse à l'ours Le Berger et les ours nous rappelle néanmoins toutes les tensions que peuvent raviver la présence du plantigrade dans ces villages isolés de montagne. Et si d'un côté Max Keegan, réalisateur d'origine britannique, immortalise dans Le Berger et les ours de façon magnifique la montagne pyrénéenne de jour et de nuit, laissant percer toute la beauté des transhumances le long des sentiers pastoraux avec leur cortège de brebis et de patous, il nous montre l'envers du décor, c'est à dire la précarité et les conditions de vie de plus en plus difficiles du berger.
Dans ce document très vivant, sans aucune interview, et qui est le fruit d'un patient travail immersif de deux années, l'accent est mis autant sur la vie au village ariégeois que sur l'entourage de Yves et de Cyril. Lisa, une jeune apprentie accompagnant Yves dans ses excursions confie bouleversée à des élus compréhensifs venus « tâter le terrain » son impossibilité de poursuivre sa vocation. Au cours du documentaire l'on verra aussi un musicien enthousiaste attiré par une reconversion de berger, apprenant auprès de Yves toutes les particularité du métier.
Le Berger et les ours
Dans ce microcosme ariégeois où des associations luttant contre la réintroduction des ours comme l’ASPAP, l’Association de Sauvegarde du Patrimoine d’Ariège-Pyrénées ont souvent des relations tendues avec les directives parisiennes, jugées trop écologisantes ou éloignées de la réalité du terrain ce petit film apporte un éclairage à la fois incisif et rafraîchissant sur un débat vieux de trois décennies opposant éleveurs, élus et Etat.
Le Berger et les ours
Véritable épée de Damoclès pour les éleveurs, la réintroduction de l'ours dans les Pyrénées pose un véritable problème par la montée de la destruction d'ovins mais aussi celle moins connue de ruches comme à Aulus-les-Bains en 2026. Le documentaire nous avertit qu'elle menace l'existence même et la survie du métier d'éleveur et de berger. C'est sans doute le message le plus visible qui traverse ce long métrage, véritable document humain, social et politique, qui montre la difficulté, voire l'impossibilité de la cohabitation entre ours et communautés pastorales.
durée : 1 h 41
Le Berger et les ours, un documentaire de Max Keegan, France, Royaume-Uni, États-Unis, 2026
Titre original The Shepherd And The Bear
(sortie nationale le 15 juillet 2026)
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