lundi 20 avril 2015

L’homme qui voulait tout - Napoléon, le faste et la propagande



Dans L’homme qui voulait tout, Napoléon, le faste et la propagande, Xavier Mauduit propose une passionnante biographie sur le personnage et la construction du mythe de Napoléon Ier. Tout semble avoir déjà été dit sur le grand homme national [voire surhomme (!) dans le sens nietzschéen].


Adulé ou détesté, Napoléon  - depuis le début du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui - a toujours suscité d’innombrables écrits (pamphlet, historiographie, Mémoires) et occupé une place importante dans l’art, le cinéma, la télévision ou le merchandising. Journaliste et historien, Xavier Mauduit s’attache - tout en retraçant de façon synthétique le parcours de l'Empereur (de la Corse à Sainte-Hélène) - à décortiquer le processus de construction du personnage historique, soulignant (d’où le sous-titre) le faste et la propagande qui caractérisent le premier Empire.

Le général thaumaturge en Egypte : Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa, le 11 mars 1799,        huile sur toile d’Antoine-Jean Gros, 1804
©  RMN-Grand Palais (musée du Louvre)

D’emblée dans cet Homme qui voulait tout, c’est l’opportunisme de Napoléon qui frappe le plus. Malgré l'adversité, il traverse habilement chaque période décisive (Convention, Directoire, Consulat) de l’Histoire, sachant parfaitement gérer ses réseaux politiques, passant de la protection sulfureuse d’un frère de Robespierre à celle du trouble Barras, puis creuse son sillon glorieux tout en ménageant le chou entre affreux jacobins et royalistes revanchards. En ce qui concerne le faste, le cérémonial napoléonien - d’un luxe inouï - n’a rien à envier à celui de l’Ancien Régime. Ostentatoire au château de Malmaison et au palais des Tuileries, il culmine en 1804 avec le sacre de l’Empereur et Joséphine à Notre-Dame. Quant à l’omniprésente propagande napoléonienne à la gloire de l’Empire, elle est diffusée par le mode de la gazette [Les Bulletins de la Grande Armée] à destination des soldats et par les journaux pour le peuple.

La propagande au foyer : La lecture du Bulletin de la Grande Armée
huile sur toile de Louis-Léopold Boilly, 1807
© Saint Louis Art Museum

Dans le domaine artistique, les plus grands peintres (Gros, David, Isabey) servent également la bonne soupe napoléonienne, proposant dans leurs toiles une reconstitution - tronquée - des innombrables faits historiques qui caractérisent la période. A la lecture de L’homme qui voulait tout, l’on découvre avec intérêt le degré de perfection de cette communication politique à l’égard de tous promise à un si bel avenir. Facile à lire, l’ouvrage ne se contente pas de recenser des faits précis. Riche en anecdotes et illustré de nombreux documents en couleurs, il entraîne le lecteur dans les coulisses d’une mise en scène politique sans cesse renouvelée. Empruntant un mot familier au publicitaire Jacques Séguéla, l’on pourrait parler sans exagération de « marque » napoléonienne. D’une certaine façon, cette étude historique - très convaincante - met en exergue des mécanismes occultes qui ont non seulement fabriqué le mythe napoléonien mais aussi contribué au succès et à la persistance d’un régime autoritaire.

Xavier Mauduit, L’homme qui voulait tout - Napoléon, le faste et la propagande, éditions  Autrement, « collection Vies parallèles », 333 pages, 2015

A signaler :

Expo Napoléon et Paris - Rêves d'une capitale au musée Carnavalet (Paris 3e) jusqu'au 30 août 2015

Expo Cap sur l'Amérique - La dernière utopie de Napoléon au musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau (92 500 Rueil-Malmaison), du 22 avril au 20 juillet 2015

Expo Napoléon Ier ou la légende des arts au musée national du palais de Compiègne, du 24 avril au 27 juillet 2015


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